de Patrick Scemama

en savoir plus

La République de l'Art
Anish Kapoor, victime de la Manif pour tous?

Anish Kapoor, victime de la Manif pour tous?

Pour être tout à fait honnête, je n’avais pas l’intention d’écrire sur l’exposition Anish Kapoor à Versailles. Non que je ne sois pas sensible au travail du sculpteur anglais (encore que ses miroirs concaves qu’il a essaimés dans le monde entier ont un peu fini par me lasser), mais il me semble que la presse l’a suffisamment fait, qu’il y a autre chose à découvrir et à faire connaître et que cette exposition-ci ne constitue qu’une redite, certes efficace, mais peu novatrice, de son travail. Et puis les scandales qui accompagnent systématiquement les expositions d’art contemporain à Versailles (le cœur en acier de Jeff Koons, les fleurs kitsch et multicolores de Murakami, le lustre en tampons hygiéniques de Joana Vasconcelos) font partie d’un folklore attendu qui ne mérite pas trop qu’on s’y arrête.

Si je me décide à prendre la plume aujourd’hui, c’est parce qu’une de ses sculptures (Dirty Corner, celle justement, qui a fait scandale, parce que l’artiste l’aurait surnommée, dans une interview, « le vagin de la Reine », ce dont d’ailleurs il se défend) vient d’être vandalisée et que ce geste, même s’il n’a pas de conséquences dramatiques (il ne s’agit que des jets de peinture jaune, apparemment faciles à nettoyer), me semble inquiétant. Parce qu’il intervient quelques mois après le sabotage, par un groupe d’inconnus, du « Plug/Tree » de Paul McCarthy sur la Place Vendôme. Et parce qu’il témoigne d’un accroissement du climat d’intolérance et de sectarisme qui sévit actuellement en France, pays qui reste – on veut le croire malgré tout – celui des Lumières et la Déclaration des droits de l’homme.

L’artiste ne s’est pas trompé, qui a répondu très intelligemment dans une interview parue hier dans Le Figaro : « Si cet acte de vandalisme dit quelque chose, cela parle plus d’une forme d’intolérance qui apparait en France que d’art quel qu’il soit. Le problème me semble plus politique qu’autre chose, il renvoie à une fraction que l’on dit très minoritaire pour laquelle tout acte créatif est une mise en danger d’un passé sacralisé à l’extrême pour des desseins qui n’ont rien d’artistique. » Il a raison. En fait, le discours poujadiste selon lequel l’art d’aujourd’hui serait une insulte à la beauté et à l’harmonie de l’art classique, qu’il chercherait à mettre en danger nos grandes traditions culturelles et que ses préoccupations seraient essentiellement mercantiles, n’est pas nouveau. On le trouve dans la bouche de responsables politiques réactionnaires (de droite comme de gauche, d’ailleurs, la bêtise n’épargnant personne, mais l’extrême-droite s’est quand-même montrée particulièrement virulente sur le sujet), d’associations qui entendent tellement préserver le patrimoine qu’elles en deviennent hostiles à tout changement (et font en sorte, par exemple, que la Fondation Pinault, qui devait s’installer sur l’Ile Seguin, trouve refuge à Venise, oubliant toutes les retombées économiques bénéfiques qu’une telle installation aurait pu engendrer) ou dans celles de citoyens lambda, qui n’ont pas d’idées particulières, mais rejettent par nature tout ce n’est pas conforme à ce qu’ils connaissent déjà et réservent à l’art contemporain le même sort qu’ils auraient réservé, à l’époque, aux Impressionnistes, qu’aujourd’hui ils adorent. Mais jusqu’à présent, au moins, ce discours restait au stade de discours, il pouvait empêcher ou perturber certaines manifestations, mais ils n’agissaient pas directement sur les œuvres (à l’exception de certains cas isolés qui étaient plus le fait de détraqués, comme la folle qui, soit disant par attirance artistique, avait posé ses lèvres sur une toile de Twombly à la Collection Lambert). Or aujourd’hui, on assiste à un glissement, qui fait qu’on ne se contente plus de dénoncer les œuvres ou de les nier, mais qu’on cherche purement et simplement à les endommager, voire à les détruire, un peu comme les terroristes de Daesch qui s’attaquent à tous les symboles qu’ils estiment aller à l’encontre de leurs croyances religieuses.

002Ce glissement, il me semble – peut-être à tort – vient d’une libéralisation et d’une banalisation d’une certaine parole qui n’est pas lien avec ce qui s’est passé lors la constitution de la « Manif pour tous » (et qu’on aurait tort, d’ailleurs, de lier exclusivement à l’extrême-droite). Pendant le débat sur le mariage gay, en effet, qui n’aurait dû être qu’une formalité quand on voit qu’un pays aussi catholique que l’Irlande l’a adopté sans la moindre difficulté, qui plus est par référendum, et sans doute parce que le gouvernement, pour ne froisser personne, n’est pas allé assez vite sur le sujet, on a donné un espace de liberté à des gens qui ont tout d’un coup pu dire tout haut les horreurs qu’ils pensaient tout bas et qui ont eu le sentiment qu’ils pouvaient le faire en toute impunité. En somme, on leur a donné une forme de légitimation. Comme les adversaires de l’art contemporain qui imaginent toujours qu’on cherche à mettre à mal la grandeur de leur passé grandiose (mais de quel passé s’agit-il exactement?), ils voyaient dans l’union de personnes du même sexe une attaque frontale contre ce qui constitue pour eux l’élément constitutif de la famille et, plus loin, de la société : le mariage. Dans le même temps, alors qu’on était censé améliorer la condition des homosexuels, les agressions homophobes augmentaient considérablement. Car la prolifération de ce discours haineux, le fait qu’il puisse être entendu, qu’il permette à des groupes de se constituer et d’occuper une place dans l’espace publique ne sont bien sûr pas sans conséquence. Ils incitent au non-respect, à la non-considération de l’œuvre ou de l’individu et donnent à certains hooligans (je ne dis pas bien sûr qu’il s’agit de tous les adversaires de l’art contemporain ou de tous les partisans de la « Manif pour tous ») l’impression que tout leur est permis, que les règles qui fondent la démocratie et celles de notre « vivre ensemble » ne les concernent plus. Aujourd’hui, on ne débat plus, on ne cherche même plus à comprendre ou à analyser : on détruit. Bientôt, on ira casser des œuvres comme on va « casser du pédé ».

Ce glissement, qui n’est pas non plus sans lien avec le retour du religieux dans notre société, il faut bien sûr le combattre. Car si on ne réagit pas dès aujourd’hui avec force, on ne s’offusquera pas demain que par la plainte d’un individu ou parce qu’un autre – et pour des raisons qui lui sont personnelles – l’aura trouvé insultante, on fasse disparaitre une œuvre (c’est aussi ce qui s’est passé à Hayange où le maire, trouvant moche une œuvre-fontaine, l’a faite repeindre en bleu, puis l’a tout simplement déplacée). Encore une fois, on a tout à fait le droit de ne pas aimer et de critiquer l’art contemporain (et on est en droit de penser tout le mal qu’on veut du Dirty Corner de Versailles). Mais il est d’autres manières de le faire qu’en s’attaquant aux œuvres elles-mêmes. D’ailleurs, les vandales ne sont pas très intelligents qui, cherchant à détériorer la sculpture, ne font qu’attirer l’attention sur elle. Anish Kapoor a aussi raison, dans cette même interview, de dire que « l’aspect positif de cette histoire violente et négative est que ce vandalisme aveugle prouve le pouvoir de l’art qui intrigue, dérange, fait bouger les limites. »Dans les années 30, les Nazis, parce qu’ils n’avaient pas d’arguments convaincants à leur opposer, ont brûlé les livres qui les dérangeaient. Ils n’ont pas empêché leur contenu de circuler.

 

 

Images :  Dirty Corner , 2011-2015, Courtesy Lisson Gallery, Galleria Massimo Minini, Galleria Continua, Kamel Mennour and Kapoor Studio, Photo: © Fabrice Seixas ; Descension 2014 Courtesy Kapoor Studio and Kamel Mennour  Photo: Fabrice Seixas

 

 

Cette entrée a été publiée dans Expositions.

33

commentaires

33 Réponses pour Anish Kapoor, victime de la Manif pour tous?

COURT dit: à

Tartine imbécile qui vise à légitimer la conversion aillagonisante de Versailles en une succursale de la maison Pinault.

Que je sache, on inflige pas à Blennheim ou à Windsor les horreurs de messieurs Venet, et les koonsNeries sucrées vues récemment à Beaubourg.

Versailles est d’abord le Palais de trois rois, pas un quelconque centre d’Art Contemporain, et ceci devrait le prémunir contre les diverses agressions dont il est l’objet, telles transformations de L Orangerie en boite de nuit, ou confusion entre Galerie des Glaces et lieu d’ébats pour jeunesse dorée;
Une étude un peu sérieuse vous eut menée au mot de l’énigme: la perte générale du pouvoir des Conservateurs, lesquels se voient flanqués de plus en plus d’énarques qui n’ont rien à refuser au pouvoir, ou à leur carnet d’adresses;C’est le cas au Louvre, avec le déménagement sournois de sa bibliothèque, pour ne pas parler de celui des réserves;
nE vous faites pas d’illusions: les choix de l’état que vous admirez soi-disant à Versailles sont dignes de ceux ou la république soutenait Meissonier, sauf qu’à Meissonier à succédé une mauvaise abstraction conceptuelle.
encore un mot:
Que dirait-on d’un malheureux possesseur d’un chateau classé de toute beauté l’enlaidirait de cette manière? on crierait haro sur le Baudet;Ici, nous voici tenus d’admirer DES INSTALLATIONS INOPPORTUNES, et réduits à moins que terre si nous ne les admirons pas!

votre article révèle surtout votre inculture;
il est l’arbre qui cache l’essentiel: la baisse spectaculaire des crédits d’acquisition de tous nos musées l’an passé;
je vous renvoie au journal des Arts.
MC
ps
vu les circonstances, on peut s’attendre à laz promotion du rideau de douche nippon à deux pas du Louvre, rue de Rivoli…

Patrick Scemama dit: à

Merci pour l’inculture! Votre commentaire révèle surtout que vous ne lisez pas les articles que vous commentez, car si cela avait été le cas, vous vous seriez rendu compte que je ne défends en rien l’installation d’œuvres contemporaines à Versailles (encore que, par principe, je ne sois pas contre. Je considère que faire vivre un patrimoine, c’est le faire dialoguer avec notre époque, pas le plonger dans le formol). Ce contre quoi je m’élève, dans cet article,c’est le fait de vandaliser les œuvres, d’en arriver à la force et à la violence pour les contester. Mais cette réaction est typique des gens comme vous qui, comme le dit d’ailleurs Anish Kapoor, »sacralisent le passé à l’extrême pour des raisons qui n’ont rien d’artistiques ». Quand au fait que le crédits d’acquisition des musées baissent, je ne peux bien sûr que le déplorer, mais je ne vois vraiment pas le rapport avec le présent billet.

COURT dit: à

inversons la thèse: combattre l’iconoclasme imbécile de ceux qui prétendent imposer leurs gouts de petits marquis à Louis XIV; ce serait plus honnete;
a ceux là qui ne connaissent que les paillettes du Monde, on pourrait proposer l’exemple d’un Gérald Van der Kemp consacrant toute sa vie à redonner une ame au chateau, et concluant sur la fin « une grande maison comme Versailles n’est jamais tirée d’affaire »
raison de plus pour ne pas y mettre les remugles de boite de nuit et de l’art contemporain, toujours le meme, d’ailleurs.
Mais lutte-t–on contre l’inculture? le présent article prouve que non.il s’applatit devant les pompiers et les puissants du jour quand il aurait été dans son role de dénoncer cette dérive mercantile et incompatible avec le statut de monument historique.
Affligeant.
MC

COURT dit: à

Anish Kapoor a bien mérité ce qui lui arrive en intervenant de manière laide et peu discrète sur un site ultra-sensible ou l’on n’installe pas, je le regrette beaucoup, n’importe quoi; et je dirai la meme chose du préservatif qu’a subi un temps la Place Vendome – un chef d’oeuvre de Mansart, ce qu’on ne saurait dire du Plug en question!- issu de l’esprit imbécile de je ne sais quel artiste américain avide de se faire un nom à Paris à peu de frais. Ce n’est pas du poujadisme, mais du bon sens que de détruire ces horreurs qui n’ont rien à faire là, que de dire « voyez comme je jure avec cette beauté, comme je suis là pour placer le moi narcissique et le nom du petit artiste! adorez ma médiocrité, mortels! je ne suis pas la grande oeuvre mais le petit évènement, ce dont il faut parler » les vrais artistes contemporains, eux, sont plus silencieux;les faux journalistes d’artn ne font pas la différence. ils se ruent sur la première installation venue, non parce qu’eklle est belle , mazisv parce qu’elle est éclopée. on en est là.
Suit un discours qui morigène le malheureux contestataire, le soupçonnant de ne pas s’intéresser au grand Siècle pour lui-meme, on ne sait pourquoi. le piquant de l’affaire est que l’auteur de ces lignes est Dix-septièmiste, ce qui n’exclut pas d’ailleurs un vif gout pour l’art Contemporain; L’art, pas les pachydermes institutionnels.
quant à la corrélation entre la montée de telles bouffonneries et le déclin des crédits d’acquisition comme du pouvoir des Conservateurs, elle ne s’explique que trop par la multiplication de l’engeance énarchique, qui , ne connaissant rien au patrimoine, y impose ses lubies, dont le Versailles boite de nuit et le Versailles des nanars artistiques,pour pallier par un évènementiel d’un gout douteux dont vous etes le chantre et à court terme, dangereux pour le décor, la diminution des crédits orchestrée par un état qui pénalise dons et collections, préférant leur dispersion à courte vue à leur maintien en ce pays.
Mais c’est trop vous demander que de daigner vous en apercevoir.
MC

Patrick Scemama dit: à

Lutte-t-on contre l’intolérance et l’obscurantisme? Vos commentaires prouvent hélas que non. Ils ressassent les poncifs les plus éculés sur la bouffonnerie de l’art contemporain face à la grandeur et à la noblesse du patrimoine. Surtout, ils tournent en boucle et se nourrissent eux-mêmes, ne laissant aucune place au dialogue et au débat conradictoire. Au bout du compte, vous finissez par justifier le recours à la violence et au vandalisme. Ils prouvent qu’on en est arrivé aujourd’hui à une telle détestation de l’autre qu’elle engendre un non respect des règles élémentaires de la démocratie.

Versus dit: à

Vandaliser n’est jamais un acte cohérent de conviction. Rappelons-nous les décapitations des statues des nobles et des saints pendant la Révolution Française.
Il s’ agissait là d’ actes de vandalisme d’ une toute autre ampleur.
On abattait les consacrés du pouvoir temporel et spirituel.
( J ‘aimerais ici vous recommander la lecture de l’ essai de Bernard Lahire à ce sujet ( ceci n’ est pas qu’ une peinture, la découverte éditeur) et même surtout au sujet de l’ art contemporain, ce qui est le sujet ici qui précisément vous préoccupe.)

L’ art contemporain se veut « intouchable » et vénéré comme tel par ses vestales, financiers, politiques, galeristes, critiques et autres gardiens aux gants blancs.
Il veut une mise à distance sacrée.
Ce qui gêne notre Kapoor, déjà depuis la perte d’ aura benjaminienne, c’ est cette recherche désespérée de la consécration au sens d’ un sacré à l’ égal des statues équestres et autres de Versailles et d’ ailleurs. ( Pourquoi ne pas rester dans le monde de l’ entre-soi de l’art?) Il s’ agit d’ une lutte au  » sacré », à ce qui se veut être un objet de vénération en cela tout aussi réactionnaire que le  » retour au passé sacré  » de l’ histoire.
Il me semble que vous vous trompez de sujet d’ analyse et que contrairement aux apparences, nous avons plutôt affaire à une sécularisation accélérée de notre( nos) sociétés.
Les « reliques » d’ A. Kapoor et de P. MacCarthy sont aussi trafiquées de sacré et de profane que celles au temps de l’ église médiévale.
Le public ( que ce soit la folle de Twombly ou le dégonfleur du Plugg Tree)n’ accorde aucune symbolique sacrée à l’ art contemporain,( plutôt au kitsch de Disneyworld, reconaissez-le) là devrait être le véritable noyau de votre réflexion.
Et c’ est ausi ce qui irrite nos artistes  » metteur à distance « , contemporains.
Bien à vous.

Arnaud Cohen, artiste dit: à

Mon cher Patrick, les méthodes de ces gens sont en contradiction avec leurs valeurs affichées et revendiquées (amour, pardon etc). La vérité est que la religion n’est chez eux qu’un cache sexe qui dissimule mal leur haine de l’autre et leur peur évidente du déclassement. rien ne sert de discuter avec eux, car c’est encore leur servir la soupe, leur offrir une tribune. Ce qu’il faut, c’est, tant qu’ils n’auront pas renversé notre système démocratique (car c’est bien l’objectif revanchard de ces fils et petits fils de collabos), les assigner systématiquement en justice.

Alain Lompech dit: à

Patrick, bien que trouvant sans intérêt les oeuvres exposées à Versailles, bien que considérant les artistes exposés depuis Aillagon comme des artistes opportunistes et pompiers, jamais je n’accepterais le vandalisme de leurs travaux qui ressemble fort à ce que tu dis : laisse couler et ne te justifie pas. Ton papier est bon.

Lady M dit: à

Ce glissement de la critique vers l’acte de vandalisme est extrêmement préoccupant. L’acceptation et la multiplication de cette nouvelle forme de destruction est étrange, malsaine. Comme si l’on repassait, dans le spectacle vivant, des huées aux lancers de tomates ou autres projectiles plus violents et que tout le public s’en accommodait. Que pouvons-nous y faire ? Que signifie cette forme d’expression renouvelée ? N’y a-t-il plus d’alternative ? Le constat est amer…

Jacques Barozzi dit: à

« rien ne ressemble plus à une Manif pour tous qu’une gay pride. »

On voit bien, JC, que tu n’as jamais participé à une gai pride !
La première tient du patronage rose ou bleu et la seconde du carnaval !

Patrick Scemama dit: à

Merci, Versus, pour votre commentaire mesuré qui tranche avec la hargne et l’intolérance des précédents (je ne parle bien sûr pas de ceux d’Arnaud Cohen et d’Alain Lompech). Je ne suis pas loin d’être avec vous lorsque vous dites que la sacralisation de l’art contemporain peut se révéler aussi réactionnaire que le « retour au passé sacré ». L’art doit être vivant, il doit pouvoir être discuté et constamment remis en question. Et d’ailleurs, dans mon article, je n’incite nullement à ce qu’on sacralise les œuvres, je précise bien que, naturellement, on est tout à fait en droit de les trouver très mauvaises et, d’une manière plus générale, de détester l’art de notre époque. Pour autant, ce que je demande, c’est le respect. Que l’on critique, conteste, conspue ces artistes et ceux qui les exposent, soit. Qu’on ait recours à la force et à la violence pour faire disparaître leurs œuvres, non!

jean dit: à

les intégristes sont des crétins dangereux

xlew.m dit: à

Je crois me souvenir d’un entretien donné par Alechinsky qui parlait d’un « vandalisme intérieur » propre au peintre, quelque chose qui le travaillait au-delà des notions de censure ou d’autocensure.
C’était l’époque où les Cobra (vers 1950) se posaient des questions sur la géométrie euclidienne, se demandaient s’il y avait de la place pour de nouvelles dimensions, de nouvelles « spirales » (rien que ça !), c’était typique du moment dira-t-on, l’avant-garde surréaliste n’était plus très fringante, il fallait à tout prix donner à manger du foin au cheval fou de l’Internationale Situationniste.
N’empêche qu’il y avait de vrais débats.
On discutait de la « connaissance des secrets topologiques », on élevait au rang des blizzards (en tirant un peu sur la peau des joues de la statue du monumental Commandeur Malraux) un « Institut du Vandalisme Comparé », une sorte de musée imaginaire là-aussi.
Aujourd’hui la situation pâlit et paraît même assez pitoyable devant ce miroir tendu par le passé qui ne passe plus.
Murakami et Veilhan (à la tête de leurs petites entreprises, authentiques chaebols sud-coréen désincarnés pompeurs de commandes publiques) contresignent à chaque monstration de leurs oeuvres, au badigeon le plus kitsch, la mort toujours différée, toujours sûre, de l’art dit contemporain.
Anish Kapoor semble avoir une autre envergure, on sent une réflexion chez lui, ces oeuvres possédant une beauté certaine.
Mais chez lui aussi tout repose sur l’exposition organique des choses de l’esprit, bien qu’il ne se serve pas du lieu (Versailles ici) mais tenterait plutôt de parlementer avec lui, ce qui est l’essence d’un courage autrement plus noble que celui qui prévaut aux agaceries des deux tristes clowns cités plus haut.
Son « Descension » évoque peut-être un peu le colossal déficit de 1774 qui menaçait banqueroute, un maelstrom silencieux qui minait le royaume (L’Europe grécophile actuelle serre autant le fondement romain à cet égard), on pense aussi à la fontaine de sang (en négatif, s’enfonçant dans les entrailles de la terre) exposée sur une place de Téhéran par les Mollahs, on pense au sang versé par la Révolution.
La seule chose qui m’ennuie dans votre article est que vous jetiez à votre tour un peu de peinture noire (la couleur du drapeau de L’EI) sur les vandales. Les comparer à la secte Daesh n’avancera pas votre agenda, surtout au moment où les vrais criminels d’Orient saccagent la culture millénaire des Chrétiens, où la destruction de Palmyre (au moins les tombeaux musulmans) semble devoir commencer incessamment.

Madame de Valognes dit: à

le vrai visage du p’tit Court sur papattes ! intolérant, pédant, poseur, goujat, la totale

Jacques Chesnel dit: à

Toute personne qui n’est pas de l’avis de MCourt est inculte, on le sait trop, hélas
avec tout mon soutien pour votre billet

Patrick Scemama dit: à

à xlew.m : oui, vous avez raison, la comparaison avec Daesch est sans doute excessive. Mais elle est venue sous la flamme de la plume et, quoi qu’il en soit, le fait de chercher à détruire une œuvre simplement parce qu’elle vous déplait ou ne correspond pas à vos convictions relève d’un acte terroriste…

Jacques Barozzi dit: à

Les trous aspirants d’Anish Kapoor s’intègrent particulièrement bien dans les paysages géométriques de Le Nôtre !

jean dit: à

la comparaison avec Daesch est sans doute excessive

les ‘indignés’ jc et court justifient vandalisme et destruction, crient au blasphème, à ce que les nazis qualifiaient d’art dégénéré
Même si les oeuvres en cause déplaisent ça ne justifie pas de s’arroger le droit de les vandaliser. Pour qui se prennent-ils donc!?

Charlie Haden dit: à

ce sont les mêmes qui auraient crié au scandale sur les impressionnistes et craché sur Delacroix, Greco ou Courbet

Patrick Scemama dit: à

A JC: ce blog n’est pas un defouloir ou l’on peut se laisser aller à dire n’importe quelles horreurs. J’ai été suffisamment patient, j’ai accepte suffisamment de remarques desobligeantes qui, la plupart du temps, n’avaient pas le moindre rapport avec le sujet de l’article pour ne pas interdire les insultes personnelles. Vos commentaires, comme ceux de tous ceux qui voudraient utiliser ce support pour cracher gratuitement du venin (je ne parle bien évidemment pas de ceux qui veulent apporter un point de vue contradictoire, même violent, mais fonde) ne seront donc désormais plus publiés.

Patrick Niedo dit: à

Ce qui est étrange dans le débat sur Versailles c’est qu’on considère qu’il s’agit d’un musée. Les oeuvres contemporaines à Beaubourg, les impressionnistes à Orsay, tout le reste au Louvre et les vaches seront bien gardées. On catégorise bien !
Or Versailles n’est pas un musée, c’est un vestige du 17e-18e siècle. Les expositions sont temporaires, on n’a pas remplacé la Galerie des Glaces par le Vagin de la Reine, on attire des visiteurs grâce à des expositions d’art contemporain. En anglais on dirait « BIG DEAL ! ».

Bon nombre de gens sont allés à Versailles pour la première fois afin de voir l’exposition Koons, bon nombre de gens sont retournés à Versailles pour y voir de telles expositions. C’est cela qui est important. Je lisais une chronique d’une Versaillaise qui disait « rendez-nous notre château », comme si le château appartenait aux habitants de Versailles et qu’ils en seraient les dépositaires prudes et coincés et que tout le reste ne serait que décadence… Qu’on aime ou pas les sculptures et les différents artistes choisis c’est une chose mais cette bataille d’arrière garde sur des expositions temporaires est absolument incompréhensible. L’un des contradicteurs virulents parle néanmoins d’un Versailles boite de nuit, et lieu d’ébats pour jeunesse dorée et je lui donne raison sur ce cas précis. Quand on connaît la difficulté d’avoir une autorisation de tournage à Versailles (pour un film historique, ou un documentaire), on comprend assez mal que les lieux deviennent une boite de nuit, avec possibilité de détériorer un patrimoine. Les expositions temporaires ne détériorent rien du tout et je les trouve indispensables, même si je peux ne pas être fan des artistes qui présentent des oeuvres.

Tonton dit: à

Pas exactement dans ce thème, mais quand même un paramètre révélateur d’un certain état d’esprit…

« La revendication de la laïcité, c’est l’autre nom de l’islamophobie », Emmanuel Todd
https://www.youtube.com/watch?v=19fdxdQjG38
(à voir)

COURT dit: à

Deux Réflexions
« Rendez-nous notre Chateau »
il faut se souvenir, Patrick Nierdo, que c’est grace aux versaillais venus en masse à la Convention que le chateau fut sauvé de la destruction déjà programmée par des antithèses façon « Il faut que la charrue passe sur ce Palais ». Alors je ne chicanerai pas ce lien d’appartenance.
Plus étrange est cette conception d’un Versailles-Vestige. Non,un vestige n’a pas de conservateur. Versailles est un musée, il l’est depuis Louis-Philippe, et un musée, à la différence d’un vestige, appelle un conservateur dont le métier, si le français à un sens, est de conserver, ou de rétablir.Pas d’innover en imposant les choix du marché du moment. Aussi , à partir du moment ou un Koons investit et d’autres après lui, les appartements royaux, est-il salubre de sonner l’alarme, et, si cette dictature de la laideur imposée par de petits marquis bien en cour perdure, je ne vois aucun mal à ce que l’on s’insurge contre . Qu’il est aisé de brandir l’épouvantail du vandalisme révolutionnaire pour justifier l’intrusion d’oeuvres aux proportions néo staliniennes qui bouchent une perspective idéale, défigurent un ensemble classique sous couleur de l’animer comme si sa perfection ne se suffisait pas à lui_meme… Et Mr Scemamama parle de circularité argumentative, lui dont l’idéologie tient dans le « Mon Siège est fait de l’Abbé Vertot ».Je passerai sur les augustes vieillards façon Chesnel par pitié, et relève l’exhumation de la momie Lompech arrivant ici en guise de cavalerie: « Ton papier est bon ». Touchante confraternité! « On actionne le fidèle Alain Lompech » disait déjà Madame de Saint Pulgent in Le Syndrome de l’Opéra…
Mr Scemama , Chesbnel, and co, sont susceptibles de penser que les oeuvres classiques sont faites pour etre défigurées par des plasticiens qui sont à notre temps ce qu’étaient les mauvais peintres de la Galerie des Batailles sous Louis-Philippe. Je laisse leur cour vibrer devant l’outrage fait aux pompiers . Ils n’avaient qu’à se trouver ailleurs.Il y a des FRAC pour ça.Mais pas Versailles. Persiste et signe contre les modes « mondaines ».
MC

MC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*