de Patrick Scemama

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La République de l'Art
La saison des foires

La saison des foires

Avec les marrons, arrive la saison des foires d’art contemporain. Première à ouvrir le feu cette semaine : la Frieze londonienne qui se tient comme chaque année à Regent’s Park et qui s’adjoint une partie plus classique, la Frieze masters. Elle sera suivie la semaine prochaine par notre Fiac parisienne qui, en quelques années, est redevenue une des meilleures foires du monde. Novembre verra Artissima, la petite foire italienne de Turin qui est une des préférées des amateurs d’art. Et en décembre aura lieu Art Basel Miami, la foire la plus bling-bling, qui attire les collectionneurs sud-américains. Elle sera suivie enfin, l’année prochaine, par l’Arco de Madrid, l’Armory Show de New York, Art Paris, la nouvelle foire asiatique de Hong-Kong, j’en passe et des meilleures, jusqu’à la célèbre Foire de Bâle en juin, qui reste le nec plus ultra des foires du monde. C’est l’occasion à chaque fois pour les collectionneurs et les institutionnels de se retrouver, de faire le point sur les tendances et les modes, de se mettre en concurrence pour acheter les pièces les plus prestigieuses et les plus exceptionnelles.

Car en quelques années, les foires ont pris une importance de plus en plus en grande dans le marché de l’art. Avec les nouveaux moyens de communications, les acheteurs potentiels ne se déplacent plus guère, ils préfèrent surfer sur internet et ce n’est qu’au moment des foires, où les galeries qui comptent sont réunies, qu’ils daignent se montrer. Ils y trouvent le meilleur du marché et gagnent aussi un temps qui bien souvent pour eux se convertit en argent. Du coup, les galeries réservent aussi le meilleur de la production de leurs artistes pour ces manifestations où ils réalisent souvent une grande partie de leur chiffre d’affaires. Et il devient capital pour eux d’y participer. Une participation à la Foire de Bâle, où la sélection est drastique, correspond, pour une galerie, à une intronisation suprême. Et pour ses artistes, c’est l’impression de rentrer dans la cour des grands. De nombreuses foires parallèles ont vu le jour en marge des grandes ; certaines sont de très bonne qualité, mais on sait qu’elles ne représentent le plus souvent qu’une compensation de ne pas être présent à la foire principale.

Et pour les visiteurs, qu’en est-il ? En fait, il ne faut pas se le cacher, les foires sont surtout destinées aux professionnels et aux collectionneurs. D’ailleurs, la plupart des affaires se font lors des journées de vernissage, avant l’ouverture au grand public. Celui-ci n’est admis que moyennant un prix élevé de 35 € (tarif réduit 20€) et souvent sans enthousiasme par certains galeristes qui le trouve trop remuant et pas assez respectueux des œuvres. D’ailleurs, ce n’est pas dans les foires que l’on découvre le mieux les artistes. Noyées au milieu de milliers d’autres, leurs œuvres ne se détachent pas vraiment de la masse et ne permettent pas d’avoir une vue synthétique de leur travail (sauf dans le cas de « solo shows »).  Mieux vaut donc fréquenter les foires pour l’ambiance, la découverte de galeries que l’on n’a pas souvent la possibilité de voir (les galeries étrangères) ou pour acheter des œuvres (si on en a les moyens). Ou pour profiter des manifestations qui l’accompagnent et qui, elles, sont souvent plus destinées au grand public et gratuites. Ainsi, pendant la Fiac, la semaine prochaine, on pourra voir des pièces de Giovanni Anselmo, Jean Dupuy, Gary Hume, James Lee Byars, entre autres, au Jardin des Tuileries, et ce sans débourser un centime…

-Frieze Art Fair, du 17 au  octobre à Londres (www.friezelondon.com)

-Fiac, du 24 au 27 octobre au Grand Palais à Paris (www.fiac.com)

-Artissima, du 8 au 10 novembre à Turin (www.artissima.it)

-Art Basel Miami, du 5 au 8 décembre à Miami, Floride (www.artbasel.com)

-Image : affiche de la Fiac, copyright M/M Paris.

 

Cette entrée a été publiée dans Marché.

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commentaires

2 Réponses pour La saison des foires

Versus dit: 16 octobre 2013 à 10 h 10 min

Quelle description terrible du monde de l’ art qui est essentiellement devenu un marché et qui offre essentiellement des produits issus du marketing.
Lorsque vous écrivez : » Et pour ses artistes, c’est l’impression de rentrer dans la cour des grands. », on entend cette publicité d’ une marque automobile, reprise sous une autre forme récemment : » Elle a tout d’ une grande! »
Reste à connaître les critères de mesure de la grandeur des choses…!

Patrick Scemama dit: 16 octobre 2013 à 14 h 10 min

Vous avez raison, tout cela n’a rien à voir avec la valeur réelle des artistes, mais avec leur reconnaissance auprès du « grand public » et des institutions. Certains artistes ne sont jamais montrés dans les foires, mais n’en sont pas moins très bons (et certains, mais ils sont rares, parviennent même à échapper totalement au circuit commercial). Il n’empêche que pour être bien vu, et donc apprécié, reconnu, acheté, on peut difficilement se passer des foires aujourd’hui.

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