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La République de l'Art
Michel Rein

Michel Rein

« Bâtisseur de carrière », ainsi aime à se définir Michel Rein, le fondateur de la galerie qui porte le même nom et qui est parmi les meilleures galeries parisiennes d’aujourd’hui. Pourtant, rien ne prédestinait le jeune homme à exercer ce métier.  Après des études de droit et de sciences politiques, il travaille pendant plusieurs années dans le « trading » de matières premières, le commerce international ou la communication, mais il s’y ennuie ferme et cherche à faire autre chose. A l’époque, il n’est pas très connaisseur d’art contemporain, mais la révélation va se faire au cours d’une soirée où il rencontre un jeune homme qui est le fils d’un marchand d’art et qui arrondit ses fins de mois en vendant des œuvres pour son père. Celui-ci le convainc d’acheter une gouache de Calder et une compression d’Arman et, dès lors, le virus est pris, le novice va se mettre à collectionner. Entre 1978 et 1988, il achète à de nombreux jeunes artistes, sans ligne préétablie, au coup de cœur. Il rencontre aussi Basserode ou Jean-Luc Parent qui eux-mêmes vont lui présenter Alain-Julien Laferrière, directeur du CCC (Centre de Création Contemporaine) de Tours. Celui-ci l’incite à ouvrir une galerie à Tours, « car, lui dit-il en substance, tu seras plus remarqué si tu fais quelque chose à Tours que si tu te noies dans la marée parisienne ».  Michel Rein franchit le pas et, en 1992, en plein marasme économique, ouvre sa galerie tourangelle. Il y expose des artistes de prestige : Philippe Mayaux, Chen Zen, Allan Sekula (avec qui il travaille encore) et même Daniel Buren. Et très vite, grâce notamment à Alain-Julien Laferrière, il infiltre le monde de l’art contemporain, réussit, dès l’année suivante, à exposer à la FIAC et à faire en sorte que les institutions lui achètent des pièces. En tant que galeriste, il n’a pas plus de ligne conductrice qu’en tant que collectionneur, mais un réseau d’affinités, et un intérêt très vif pour le « poétique/politique », qu’incarne très bien selon lui un artiste qu’il représente actuellement : Franck Scurti. Michel Rein est un amoureux de poésie ;  il en lit tous les matins.

Mais sur le plan économique, la galerie a du mal à survivre et il est obligé de vendre des pièces de sa collection pour éponger les dettes (dont la gouache de Calder). Après sept ans d’existence,  la galerie de Tours ferme et, en 2000, aussi parce que ses artistes ont du mal à se passer de leur présence dans la capitale, il ouvre un espace à Paris, rue de Turenne, où il se trouve encore actuellement. D’une organisation un peu artisanale (à Tours, il dormait même dans sa galerie), il passe à une structure plus importante, où les exigences sont aussi plus grandes. Et surtout la liste d’artistes s’allonge et s’enrichit : des figures historiques comme ORLAN ou Jean-Pierre Bertrand, des artistes qui depuis sont devenus des valeurs sûres comme Saâdane Afif ou Didier Marcel, des jeunes artistes qu’il a exposés pour la première fois comme Armand Jalut ou Raphaël Zarka, qui fait partie des quatre nominés pour le Prix Marcel Duchamp qui sera décerné cet automne.

!cid_FFD61BC3-4F35-4EE9-A5D2-43B88E6BD800@home« Mais depuis toutes ces années, le métier a beaucoup changé, confie Michel Rein. Quand j’ai commencé, l’art contemporain n’était pas autant à la mode, les médias s’y intéressaient moins et on s’amusait beaucoup. Depuis, le métier s’est professionnalisé et il est devenu très concurrentiel. C’est devenu très excitant pour les gens qui veulent brasser des affaires et faire de l’argent, mais beaucoup moins pour les amoureux de l’art. De plus, la fonction même de galeriste n’est plus la même. Avant le galeriste servait d’interface entre les artistes et les collectionneurs et guidaient ces derniers dans cet univers qui pouvait leur sembler inaccessible. Aujourd’hui, les artistes ont repris la main et apparaissent beaucoup plus. Souvent, ils se promeuvent eux-mêmes directement et le galeriste est réduit à un rôle de gestionnaire ou de comptable. On passe beaucoup moins de temps avec les artistes et avec les œuvres et c’est une chose que je regrette beaucoup. »

« Mais le milieu lui-même a changé, poursuit-il, et il est devenu très difficile pour les galeries de ma dimension. Ce sont ou les très jeunes galeries qui n’ont pas beaucoup de frais ou les mastodontes qui s’en sortent le mieux. Aussi, et parce qu’une galerie ne doit jamais stagner, mais aller de l’avant, je cherche aujourd’hui à ouvrir un autre espace à Bruxelles, qui est en passe de devenir la nouvelle mecque de l’art contemporain. Je voudrais ainsi permettre à mes artistes de s’ouvrir à un nouveau marché, travailler avec de jeunes artistes  belges et donner à la galerie une dimension européenne. Le projet est bouclé, il ne me reste plus qu’à trouver l’espace… »

Galerie Michel Rein, 42 rue de Turenne 75003 Paris (www.michelrein.com) Jusqu’au 27 juillet, Talkie Walkie, une exposition collective en collaboration avec la Galerie Natalie Seroussi

Images : photo de l’exposition Americans in New York 2 (curator : Ami Barak, photo Florian Kleinefenn), Michel Rein (photo Jacques Torregano)

 

Cette entrée a été publiée dans La galerie du mois.

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commentaires

2 Réponses pour Michel Rein

jms dit: 5 juillet 2013 à 16 h 16 min

« Michel Rein est un amoureux de poésie ; il en lit tous les matins. »
On est heureux pour lui, mais comme le monde de l’art, le monde de la poésie est un immense océan.
Pour l’anecdote ( car en quoi être un lecteur de poésie fait un galeriste spécifique..)que lit-il comme poètes?
Bien à vous.
( découverte depuis chez Pierre Assouline.)

admin dit: 6 juillet 2013 à 14 h 02 min

Je ne sais pas, je vais lui demander. Ce que je voulais dire (mais peut-être aurais-je du le préciser), c’est que la poésie était un des genres littéraires qu’il préférait. Le fait de lire de la poésie ne fait pas un galeriste spécifique mais témoigne peut-être d’un certain état d’esprit.
Bien à vous.

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