de Patrick Scemama

en savoir plus

La République de l'Art
Semaine de Fiac (1)

Semaine de Fiac (1)

La semaine prochaine est la semaine de la FIAC et c’est sans doute la semaine la plus chargée de l’année à Paris pour les amateurs d’art contemporain. Outre la foire elle-même, qui se tient au Grand Palais, et tous ses satellites (les projets spécifiques dans l’atrium du Petit Palais et les sculptures dans le Jardin des Tuileries, etc.), de nombreuses institutions profitent de l’occasion pour ouvrir leurs nouvelles expositions (le Palais de Tokyo avec l’artiste Tomás Saraceno, le Centre Pompidou avec l’exposition sur le Cubisme, entre autres). Et nombreuses sont aussi les galeries qui vernissent juste avant ou même pendant la foire (en particulier les samedi 13, lundi 15 et jeudi 18 octobre). Au risque de l’embouteillage et que de nombreuses choses passent à la trappe. Mais c’est la règle, chacun veut profiter de la présence des amateurs et collectionneurs du monde entier dans la capitale à ce moment-là et de l’émulation qui s’en dégage. Et chacun cherche à avoir sa part du gâteau, ou du moins quelques miettes.
Cette semaine folle est aussi la saison des Prix. Outre le Prix Ricard (cf http://larepubliquedelart.com/homme-et-monde-sans-qualites/) qui sera décerné le 19 octobre, lors du Bal Jaune, c’est le Prix Duchamp qui sera proclamé juste avant (le 15) et dont on peut déjà voir les propositions au Centre Pompidou (puisque depuis quelques années, c’est le musée et non plus l’enceinte de la Fiac qui accueille ce prix). Les quatre sélectionnés pour cette édition 2018 sont Thu-Van Tran, Marie Voignier, Mohamed Bourouissa et Clément Cogitore et on peut dire que les trois premiers au moins ont travaillé sur ce thème qui n’en finit pas de travailler la scène artistique et la société françaises, à juste titre sans aucun doute, mais au point de devenir parfois un poncif : le post-colonialisme. Thu-Van Tran présente l’installation la plus diversifiée puisqu’elle mêle sculptures (un bras d’enfant, le moulage des lettres d’une enseigne publicitaire disant « Welcome »), vidéos et peintures qui citent les épandages toxiques des herbicides « arc-en-ciel » pratiqués par l’armée américaine dans les années 60 au Vietnam. Marie Voignier montre Tinselwood, le film qu’on avait déjà pu voir, l’an passé, à la galerie Marcelle Alix, et qui, à partir d’une histoire d’animal fictionnel dans la forêt du Cameroun, tente de comprendre comment un récit s’efface, est transmis, transformé et enfin reconstitué.

Mohamed BourouissaMohamed Bourouissa propose un dispositif complexe, qui enferme le spectateur et tourne sur lui-même, tout en montrant une vidéo constituée en grande partie du témoignage d’un patient qui a bénéficié des méthodes thérapeutiques initiées par le philosophe Franz Fanon dans le premier hôpital psychiatrique construit en Algérie, dans les années 30. Enfin Clément Cogitore montre lui aussi une vidéo (décidément un médium qui revient en force), mais qui est davantage liée à la société de consommation occidentale, puisqu’elle est constituée uniquement d’images provenant de banques de données et mettant en scène des femmes à des fins de campagnes politiques ou publicitaires. Sur ce montage très serré, l’artiste imagine un récit qu’il intitule The Evil Eye et qui part de la posture de la femme vue comme une sorcière pour analyser la place qu’elle occupe dans ce genre de documents.

Difficile, à vrai dire, de prévoir qui sera lauréat cette année. Si Marie Voignier, indépendamment de la qualité et de l’intelligence de travail, part avec ce qui aux yeux de certains peut apparaitre comme un handicap (à savoir le fait que son film est un vrai long-métrage qui aurait autant -peut-être plus- sa place dans le circuit du cinéma traditionnel), le jury peut trouver un peu trop habile et trop séductrice la proposition de Clément Cogitore, séduction renforcée par le fait que le film est montré sur un grand écran LED. Il pourra alors se rabattre sur l’installation très maîtrisée, au point de laisser peu de place à la spontanéité, de Thu-Van Tran ou sur le dispositif généreux, mai un peu confus, de Mohamed Bourouissa. Mais franchement, le jeu reste ouvert.

-45e Foire internationale d’art contemporain (Fiac) du 18 au 21 octobre au Grand Palais, à Paris (www.fiac.com)

-Prix Marcel Duchamp 2018, jusqu’au 31 décembre au Centre Pompidou (www.centrepompidou.fr)

 

Images : Clément Cogitore, The Evil Eye, 2018, installation vidéo 15’, Courtesy Galerie Eva Hober, Galerie Reinhard Hauff © Centre Pompidou/Philippe Migeat 2018 ; Mohamed Bourouissa, Pas le temps pour les regrets, 2018 © ADAGP Mohamed Bourouissa, photo archives kamel mennour, courtesy the artist and kamel mennour Paris/London et Blum & Poe, Los Angeles/New York, Tokyo

Cette entrée a été publiée dans Expositions.

1

commentaire

Une Réponse pour Semaine de Fiac (1)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*