de Patrick Scemama

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La République de l'Art
50 ans de bonheur à la Fondation Maeght

50 ans de bonheur à la Fondation Maeght

Dans mon précédent post (cf http://larepubliquedelart.com/concret-vous-avez-dit-concret/), je vous parlais du 10e anniversaire de la donation Albers-Honegger à l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux. C’est à un autre anniversaire que nous convie sa voisine la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence qui fête cet été les cinquante ans de sa naissance. Cinquante ans que s’élève ce beau bâtiment blanc aux lignes pures conçu par Josep Lluis Sert, l’architecte de l’atelier de Miro à Palma de Majorque, à la demande du fameux couple de collectionneurs et amis des artistes Aimé et Marguerite Maeght. Cinquante ans que les figures les plus illustres du XXe siècle (Giacometti, Braque, Chagall, Miro, Calder, etc) y ont laissé des œuvres pérennes qui s’intègrent parfaitement à la nature et à l’architecture et établissent un dialogue toujours fécond avec elles. Cinquante ans enfin que les expositions s’y succèdent et que, l’été venu (mais aussi tout au long de l’année), on franchit toujours avec le même plaisir les portes de cette lumineuse demeure, havre de paix et de fraîcheur dans la moiteur de la garrigue environnante.

FACE11 - GIACOMETTI - LE NEZPour ce cinquantième anniversaire, Olivier Kaeppelin, qui dirige la Fondation actuellement, a décidé de présenter une ou plusieurs œuvres de presque tous les artistes qui y ont exposé depuis 1964. On commence donc avec Derain, puisque c’est lui qui eut les honneurs de l’inauguration, pour finir avec Djamel Tatah qui eut droit à une belle et subtile rétrospective l’hiver dernier (cf http://larepubliquedelart.com/les-figures-silencieuses-de-djamel-tatah/). Mais l’intelligence a été de ne pas suivre un ordre chronologique absolu et de mélanger les styles et les techniques plutôt du point de vue de la cohérence formelle. A ce titre, la salle qui ouvre l’exposition est admirable. Après être passé devant un Fernand Léger qu’on pourrait prendre pour un Picabia (Hommage à la danse, 1925), on est confronté à plusieurs peintures et sculptures de Giacometti (dont des portraits de Marguerite Maeght), des toiles de Bacon et Lucien Freud, des dessins de Matisse (d’autres portraits de Marguerite), des sculptures de Germaine Richier et de Barcelo, des toiles de Kandinsky et de Djamel Tatah. C’est-à-dire à presque uniquement des chefs-d’œuvre qui forment un ensemble exceptionnel et qui justifient à eux seuls la visite de cette exposition.

Mais le reste ne démérite pas avec, un peu plus loin, des œuvres de Miro, de Chagall, de Lam (cette sublime Fiancée à Kirwina), de Nicolas de Stael, de Tapiès, de Reyberolle, de Riopelle et de tant d’autres. Tous ont, à un moment ou à un autre, été célébrés dans cette Fondation, tous ont entretenu des liens d’amitiés et d’admiration avec Aimé et Marguerite Maeght, puis avec leurs successeurs. Certes, les choix des dernières années n’ont peut-être pas été aussi judicieux que ceux des débuts. On pense, par exemple, à la calamiteuse exposition organisée l’an passé par Bernard-Henri Lévy, Les Aventures de la vérité, peinture et philosophie : un récit (cf http://larepubliquedelart.com/le-grand-nimporte-quoi/) et on peut s’étonner de la présence, à côté d’artistes aussi prestigieux, d’autres, dont l’œuvre a déjà passablement vieilli, comme Jacques Monory. Mais la Fondation assume son histoire jusque dans ses relatives erreurs et comment ne pas se féliciter, dans le cadre des acquisitions plus récentes, du choix des oeuvres de Sam Francis, de Pier Paolo Calzolari ou d’Ellsworth Kelly ?

CEnfin, une salle est consacrée aux archives. On y voit des lettres échangées entre les époux Maeght et les artistes et des cartons d’invitations des différentes expositions qui se sont succédé, mais aussi des vidéos qui témoignent des différentes manifestions artistiques, autre que plastiques, qui ont eu lieu à l’intérieur du bâtiment ou dans les jardins. Car la Fondation avait aussi pour vocation de réunir toutes les formes d’art et de tisser des liens entre elles. Ainsi, Terry Riley, la Monte Young, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen et Mstislav Rostropovitch ont-ils pu y donner des donner des concerts, mais aussi Merce Cunningham a-t-il eu la possibilité d’y faire évoluer ses danseurs devant des œuvres de Rauschenberg ou de Jasper Johns. Dans l’esprit des Maeght, la Fondation se devait toujours d’être un lieu vivant.

On ne fait donc pas de découvertes dans de ce « Face à l’œuvre », mais on rend hommage aux artistes qui ont fait le XXe siècle (à l’exception notoire de Picasso, avec qui les Maeght n’entreprenaient pas les meilleures relations). Et on le fait si bien et avec tant de brio que s’il fallait conseiller à un novice une exposition qui résume avec rapidité, simplicité et clarté ce que furent les tendances artistiques du siècle passé, c’est celle-ci qu’on retiendrait.

 

Face à l’œuvre, jusqu’u 11 novembre à la Fondation Maeght, 06570 Saint-Paul de Vence (www.fondation-maeght.com)

 

Images : Wifredo Lam, La fiancée à Kirwina, 1949. Huile sur toile, 124 x 109 cm. Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght. © Adagp Paris 2014 ; Alberto Giacometti, Le Nez, 1947. Plâtre peint, corde, métal, 82,6 x 77,5 x 36,7 cm. AM1992-358 Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka  © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2014 ; Alexander Calder, Crinkly worm (animobile), 1970. Tôle peinte, 16 x 105 cm. Photo Galerie Maeght © Calder Foundation New York, Adagp Paris 2014.

 

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