de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Au Palais de Tokyo, Hirschhorn brûle mais ne vacille pas

Au Palais de Tokyo, Hirschhorn brûle mais ne vacille pas

Dans mon dernier billet (cf http://larepubliquedelart.com/futurs-dhier-et-daujourdhui/), consacré à l’exposition Sugimoto au Palais de Tokyo, je mentionnais simplement l’exposition de Thomas Hirschhorn, Flamme éternelle, qui s’y tient parallèlement. Il me semble important d’y revenir plus en détail. Car c’est une exposition importante, comme on en voit rarement dans les musées ou centres d’art. Exposition, le terme n’est peut-être pas complètement approprié, et j’en connais qui ne manqueront pas de critiquer le fait qu’elle se tienne dans une institution, qu’elle soit financée par de l’argent public, etc, toutes ces réflexions que l’on entend encore trop souvent et qui n’ont plus beaucoup de sens. En fait, il s’agit d’un espace d’accueil ouvert gratuitement au public qui peut venir y échanger, discuter, lire, regarder des DVD, dans une structure conçue par l’artiste lui-même à partir des matériaux pauvres qu’il affectionne : les pneus, le carton, les chaises en plastiques, le gaffeur, etc. La « flamme éternelle », matérialisée par de vrais braseros au sein de l’installation, est celle de la pensée, qui ne vacille jamais et qui est au cœur du projet. Pendant toute la durée de l’exposition (52 jours), des lectures de textes philosophiques ou poétiques sont faites par des acteurs et de nombreux intellectuels sont conviés à participer à des débats, mais sans qu’on sache exactement quand, de manière à ce qu’il n’y ait pas une « programmation » culturelle, mais une activité permanente. Et l’artiste lui-même est toujours présent, qui discute avec les gens, peut-être près du bar qui a été installé spécialement pour l’occasion. On peut aussi y surfer sur Internet, y écrire sur les murs ou sur les banderoles qui ont été déployées et les enfants peuvent découper ou peindre du polystyrène mis à disposition. Bref, c’est un espace de convivialité où l’on peut rester des journées entières, rencontrer (ou se faire) des amis, se cultiver, partager une parole citoyenne et même lire le journal qui est produit quotidiennement.

Certains n’y verront sûrement qu’un gadget pour bobos. D’autres s’étonneront qu’un revival libertaire des années 70 puisse encore exister aujourd’hui. Et le projet n’est peut-être pas exempt d’une naïveté dont a sans doute conscience Thomas Hirschhorn (le public du Palais de Tokyo n’est-il pas déjà tout entier acquis à la cause ?). Il n’empêche que dans le cynisme ambiant et la grisaille de nos ciels de crise, il est beau que l’utopie ait encore sa place (le Théâtre du Soleil d’Ariane Mouchkine s’apprête aussi à fêter son 50e anniversaire) et que des projets aussi généreux que Flamme éternelle voient encore le jour.

Flamme éternelle, jusqu’au 23 juin au Palais de Tokyo. Un site a été créé pour l’occasion sur lequel on retrouve, entre autres, la liste des intervenants : www.flamme-eternelle.com.

Image : Thomas Hirschhorn, photo Aurélie Cenno.

 

Cette entrée a été publiée dans Expositions.

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commentaire

Une Réponse pour Au Palais de Tokyo, Hirschhorn brûle mais ne vacille pas

L. dit: 28 avril 2014 à 11 h 43 min

Je n’ai pas encore vu la proposition de Thomas Hirschhorn au PDT mais c’est toujours un plaisir de découvrir ses propositions engagées!

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