de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Claire Tabouret, six ans après

Claire Tabouret, six ans après

Claire Tabouret est une vedette. En quelques années, la jeune peintre française (née en 1981) a acquis un statut que lui envient nombre de ses collègues et dont bien peu disposent sur le plan international. Tout a commencé lorsque l’artiste, qui était encore à la galerie Isabelle Gounod, a été repérée par François Pinault qui lui a acheté plusieurs toiles et l’a montrée dans un de ses musées vénitiens. Grâce au mécène, elle a pu trouver un atelier à Los Angeles, s’intégrer à la scène artistique locale et y montrer son travail dans différentes institutions. Entre-temps, elle a aussi changé de galerie française (elle est désormais chez Bugada & Cargnel, où elle a réalisé deux expositions remarquées) et a été achetée par de nombreux collectionneurs (sa dernière exposition dans cette galerie était « sold out » le soir du vernissage). Enfin, récemment, Télérama lui a consacrée un élogieux article de plusieurs pages, ce qui prouve bien la place qu’elle occupe désormais dans le monde de l’art contemporain.

En France, où – c’est bien connu -, on n’aime guère ceux qui réussissent, certains commencent à trouver outrancier le succès de cette jeune artiste qui, il est vrai, a bénéficié d’une incroyable carte du ciel. Et il est vrai aussi qu’une telle montée en puissance médiatique pourrait monter à la tête de n’importe quelle jeune pousse grisée par la célébrité. L’exposition qu’elle présente actuellement à la Friche la Belle de Mai, à Marseille, prouve qu’il n’en est rien. C’est l’aboutissement d’une résidence qu’elle a faite, en 2011, dans cette ville, avec l’association Astérides. A l’époque, Claire Tabouret, qui était inconnue, avait fait la traversée en ferry jusqu’à Alger, mais n’avait pas réussi à débarquer en arrivant au port. Si bien qu’elle avait fait plusieurs allers-retours sans mettre un pied à terre et en finissant presque par faire partie de l’équipage. De ce voyage, qui avait duré deux semaines, elle avait tiré une série de tableaux sur les migrants qui font la traversée dans des embarcations sommaires, tableaux sombres, dans des nuances de gris, de beige, de bleu, qui traduisent bien la misère et la solitude de ces gens-là.

Tabouret 1Ce sont quelques-uns de ces tableaux qu’elle montre aujourd’hui, mais elle les confronte à d’autres, plus récents et de plus grand format, ainsi qu’à une superbe série de monotypes, qui représentent une autre forme de migration , celle des chercheurs d’or de l’ouest américain, au début du XXe siècle, dont le sort n’était pas toujours plus enviable que celui de nos réfugiés actuels. Et, du coup, l’exposition prend une autre signification, elle mesure le déplacement qui s’est fait, d’une part, dans une misère sociale, à un siècle d’intervalle et à deux points opposés de la planète, et de l’autre, dans la vie et la peinture de Claire Tabouret. Car cet Ouest américain, c’est bien sûr celui où elle vit actuellement et cette peinture, c’est celle qui la sienne aujourd’hui, où le geste est plus libre, la palette beaucoup plus vive et plus hédoniste, qui n’hésite pas  à revendiquer l’héritage de Van Gogh. En plus, comment ne pas voir dans ces chercheurs d’or une allusion ironique à la situation personnelle de l’artiste qui, elle-aussi, est allée tenter sa chance  Outre-Atlantique et qui l’a peut-être déjà trouvée ? Tout cela est fait avec infiniment de talent et d’intelligence, d’autant que les tableaux anciens et les récents dont placés dos à dos, comme l’endroit et le revers d’une existence ou une pièce que l’on tire à pile ou face1.

DioramasCe n’est pas à une question d’endroit-envers, mais davantage à une question de plans que renvoie l’exposition Dioramas qui se tient encore pour quelques jours au Palais de Tokyo. Car cette forme, conçue par Daguerre en 1822, consiste en une peinture de grande dimension soumise à de savants éclairages et devant laquelle on a placé des éléments en trois dimensions.  Il y avait au départ quelque chose de théâtral et d’illusionniste dans ce dispositif qui a aussi beaucoup servi pour des mises en scènes à caractère religieux. Mais les artistes s’en sont peu à peu accaparés pour des installations contemporaines (une des première fut le fameux « Etant donnés » de Duchamp) et c’est bien sûr ce que montre le Palais de Tokyo, avec des pièces historiques, comme les dioramas naturalistes des musées d’histoire naturelle, mais aussi des œuvres de Jeff Wall, d’Anselm Kiefer, de Mark Dion ou le très intriguant espace de Tatiana Trouvé spécialement créé pour l’occasion. A noter qu’un beau catalogue a été publié parallèlement à l’exposition, qui reproduit les œuvres exposées, avec des textes de nombreux spécialistes, dont Claire Garnier,  Laurent Le Bon et Florence Ostende, les commissaires de l’exposition. Avant la vraie rentrée, une curiosité amusante et quelque peu exotique pour se donner encore l’impression d’être en vacances…

 

1Cet été, Claire Tabouret a aussi décoré de façon pérenne la chapelle du Château de Fabrègues, dans le Var, qui appartient au designer Pierre Yovanovitch. Elle y a réalisé une fresque immersive qui représente toute une série d’enfants (un des sujets favoris de l’artiste), peints grandeur nature et dans des costumes colorés qui semblent les figer dans des postures déterminées. C’est impressionnant, brillant, un peu inquiétant (on ne sait pas si ces enfants appartiennent au monde des morts ou à celui des vivants), mais on peut aussi trouver que le sujet manque un peu de spiritualité pour une chapelle. (Pour visiter la chapelle, il faut prendre rendez-vous à l’adresse suivante : jd@pierreyovanovitch.com).

 

-Claire Tabouret, jusqu’au 29 octobre à la Fiche la Belle de Mai, 41 rue Jobin à Marseille (www.lafriche.org)

Dioramas, jusqu’au 10 septembre au Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson 75116 Paris (www.palaisdetokyo.com). Le catalogue est une coédition Palais de Tokyo- Flammarion, 348 pages, broché, 49 €.

 

Images : Claire Tabouret, Tired Gold Miner, 2017, Acrylic on canvas, 275 x 350 cm, photo © Jeff McLane; The Gold Miner, 2017, 30 monotypes on paper, aluminium scaffolding, magnets, 275 x 350 cm, photo © Jeff McLane (detail); couverture du catalogue de l’exposition Dioramas.

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commentaires

3 Réponses pour Claire Tabouret, six ans après

ROBERT dit: 3 septembre 2017 à 9 h 38 min

Quel parcours et quel travail depuis l’exposition « De l’autre côté » au Chambon sur Lignon en 2013….bravo
Marie-Françoise

Udnie dit: 5 septembre 2017 à 8 h 06 min

« Claire Tabouret est une vedette. »?

Ça c’ est bien vrai et elle mérite notre confiance dirait la mère Denis.

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