de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Hockney-Matisse, le paradis retrouvé

Hockney-Matisse, le paradis retrouvé

On connaissait l’influence de Picasso sur le travail de David Hockney. Lui-même l’a revendiqué, certaines œuvres des années 80, en effet, renvoient à l’idée de perspective éclatée (entre autres les montages à partir de polaroïds) et il a même écrit un essai sur le cubisme. Mais on connaissait moins l’influence de Matisse. Pourtant, à y regarder de plus près, on se rend compte que les deux artistes ont de nombreux points communs et que bien des affinités les rapprochent: le goût des piscines, par exemple (l’auteur de La Danse a créé une « piscine » à partir de papiers découpés, et c’est ce qui a rendu célèbre celui du Bigger Splash), celui des fenêtres qui ouvrent sur des paysages et permettent un jeu constant entre l’intérieur et l’extérieur et celui des fleurs et du jardin qu’ils ont tellement exploré et qui a été pour eux une source constante d’inspiration (pour preuve, les dernières expositions d’Hockney sur son jardin et le cycle des saisons en Normandie). Une gravure, d’ailleurs, réalisée par ce dernier en 1972, à Paris, Rue de Seine, reprend le thème de la fenêtre et l’associe à un bocal de poissons rouges, ce qui constitue la référence la plus évidente que l’on puisse faire à Matisse.

On retrouve cette gravure dans l’exposition que Claudine Grammont, la directrice du Musée Matisse de Nice, a eu l’intelligence d’organiser à l’occasion de La Biennale des Arts qui vient de s’ouvrir dans la ville (sous le commissariat de Jean-Jacques Aillagon) et qui confronte les œuvres de ces deux géants. Avec l’aide d’Hockney lui-même, de sa fondation, et grâce à quelques prêts, elle est parvenue à réunir un nombre non négligeable de tableaux, de dessins et d’estampes pour les mettre en regard avec ceux de Matisse. Comme la Biennale a les fleurs pour thème et que celles-ci occupent une place centrale dans le travail -surtout actuel- d’Hockney, elle s’ouvre par toutes une série de peintures sur iPad qu’il a réalisées pendant le confinement et qu’il n’avait jamais montrées jusqu’alors. Ces bouquets de fleurs fraichement cueillies, les Fresh Flowers, sur un fond sombre et neutre, dans des vases sagement posés sur des nappes à carreaux et insérés dans des cadres ocres, un peu désuets, témoignent de l’absolue maîtrise de l’artiste à utiliser ce nouvel outil et sa manière d’évoquer avec tendresse et poésie le temps qui passe.

Mais c’est au fil des salles que la confrontation se fait plus pertinente. On voit d’abord des autoportraits, puis des portraits, ou encore des œuvres qui font directement allusion au fauvisme (chez Hockney, les œuvres des années 80 réalisées autour du paysage californien). Certaines salles éblouissent particulièrement : celle intitulée « Intimités », par exemple, qui met face à face des nus féminins de Matisse et des nus masculins de Hockney et rappelle, si besoin était, quels extraordinaires dessinateurs les deux artistes sont. Ou celle intitulée « le style comme sujet », dans laquelle on voit des œuvres qui oscille entre abstraction et figuration et qui montre à quel point ni Matisse ni Hockney n’ont voulu s’inscrire définitivement dans une catégorie (même s’ils ont toujours été attachés à la figuration) et se sont permis parfois de combiner les deux (avec Nymphe dans la forêt (La Verdure) 1936, cette toile si troublante de Matisse). Enfin, la dernière salle est consacrée au jardin et là, certaines œuvres sont si proches (en particulier une série d’estampes d’Hockney, The Tree, November 1986) qu’on peine, si on ne regarde pas le cartel, à en déterminer la paternité.

Avec ses couleurs, sa sensualité, sa fraîcheur qui nous ramène presque à l’enfance (les dessins à l’iPad pour l’un, le jeu avec les papiers découpés pour l’autre), l’exposition a pour titre Un paradis retrouvé. Elle le porte bien et c’est la sensation qu’on éprouve en la visitant.

Hockney-Matisse, Un paradis retrouvé, jusqu’au 18 septembre au Musée Matisse, 164, avenue des Arènes de Cimiez – Nice (www.musee-matisse-nice.org)

Images : David Hockney 15th March 2021, iPad painting printed on paper Edition of 50 35 x 25″ © David Hockney; Henri Matisse La Vague Nice, ca. 1952 Papiers gouachés découpés, assemblés et marouflés sur toile 51,5 x 160 cm Musée Matisse, Nice © Succession H. Matisse Photo © François Fernandez ; David Hockney Plongeoir avec Ombre (Paper Pool 13) 1978 Colored and pressed paper pulp 72 x 85 1/2″ © David Hockney / Tyler Graphics Ltd. Photo Credit: Richard Schmidt

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