de Patrick Scemama

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La République de l'Art
L’art au service des migrants

L’art au service des migrants

Aux yeux du grand public, l’art contemporain apparait souvent comme un objet de spéculations, un marqueur social qui permet aux plus riches d’affirmer leur appartenance de caste et, au besoin, de s’enrichir encore davantage. Cette image, hélas, n’est pas toujours complètement fausse, mais elle n’est que partielle et l’art sait aussi soutenir des causes, comme il a pu le faire à l’époque de l’épidémie du SIDA ou comme il continue à la faire pour la lutte contre d’autres maladie ou des catastrophes humanitaires. Une des grandes causes de notre époque est celle des migrants et le milieu des artistes en a bien pris conscience. La semaine dernière, à l’initiative, entre autres, de Chantal Crousel et de Niklas Svennung de la galerie Chantal Crousel, une manifestation intitulée We Dream Under The Same Sky, du nom d’une œuvre de l’artiste thaïlandais Rirkrit Tiravanija, a été initiée au Palais de Tokyo, pour mieux connaitre les associations qui interviennent aux différentes étapes du parcours des réfugiés en France. Parmi celles-ci : Thot, qui est une école de français pour les demandeurs d’asile n’ayant pas ou peu été scolarisés dans leur pays d’origine, ou l’Anafé, qui milite pour le respect des droits des étrangers aux frontières ou dans les zones d’attente. Pendant une semaine, rencontres débats, performances se sont succédé pour mieux comprendre  le travail essentiel de ces structures qui se mobilisent au jour le jour pour soutenir les migrants dans leur difficile périple. Mais comme elles ont surtout besoin de moyens pour pouvoir agir, des artistes de grand renom – parmi lesquels, outre Tiravanija déjà cité, Wolfgang Tillmans, Ugo Rondinone, Danh Vo, Anri Sala, Adel Abdessemed, Wade Guyton (ils sont plus de 25, il serait vain de vouloir les citer tous) – ont donné une œuvre qui était montrée au Palais de Tokyo et qui sera vendue à leur profit, mercredi, aux enchères, en collaboration avec Christie’s. Il ne s’agit pas, loin s’en faut, d’œuvres secondaires, les estimations sont donc élevées (voire très élevées), mais pour une fois, ceux qui auront la chance de pouvoir les acquérir n’éprouveront pas qu’un plaisir solitaire.

visuel_aae(2)Autre manifestation pour venir au secours des réfugiés, mais pas évènementielle, elle : l’ouverture, dans le 18e arrondissement de Paris, de l’Atelier des artistes en exil. Il s’agit là d’une structure mise en place par Judith Depaule et Ariel Cypel, dont la mission est « d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner au regard de leur situation et de leurs besoins administratifs et artistiques, de leurs offrir des espaces de travail et de les mettre en relation avec des professionnels afin de leur donner les moyens d’éprouver leur pratique et de se restructurer ». Installé dans d’anciennes salles de formation mises à disposition par Emmaüs Solidarité, l’Atelier se divise en 19 salles, dont 15 ateliers ou studios de répétitions, dans lesquels les artistes, venus de tous les pays de la planète où, pour une raison ou une autre, ils ne peuvent pas s’exprimer, ne logent pas, mais viennent travailler, échanger, apprendre la langue et mettre sur pieds leur vie professionnelle dans des conditions enfin dignes.
Vendredi dernier a eu lieu l’ouverture officielle du lieu et le grand public y a été invité pour découvrir des expositions d’art, concerts, démonstrations de danse ou projections vidéo. Mais en temps normal, l’Atelier est un lieu de travail réservé aux réfugiés et à ceux qui peuvent leur venir en aide. Pour vraiment voir leur production, il faudra se rendre au festival Visions d’exil, qui aura lieu en novembre au Musée national de l’histoire de l’immigration. Là, pendant une bonne semaine, spectacles, expositions, débats, performances (dont celle de l’excellent Babi Badalov, autant poète que plasticien) se succèderont pour nous donner une vision plus juste de ce que représente l’exil. « Comment passe-t-on de l’autre côté, abandonne-t-on une partie de soi et pénètre-t-on les méandres d’une nouvelle langue, donc d’une nouvelle façon de penser », se demandent Judith Depaule et Ariel Cypel, qui sont aussi les instigateurs de ce festival ? C’est à cette ambitieuse et généreuse question que les artistes et les intervenants essaieront de répondre.

We Dream Under The Same Sky, vente aux enchères le 27, à 19h, à la galerie Azzedine Alaïa, 18 rue de la Verrerie 75004 Paris (www.wedreamunderthesamesky.com)

-Atelier des artistes en exil, 102, rue des Poissonniers 75018 Paris (www.aa-e.org). Le festival Visions d’exil aura lieu entre le 10 et 18 novembre 2017 au Musée national de l’histoire de l’immigration (www.histoire-immigration.fr/festival-visionsd-exil). A noter que malgré les subventions qu’il reçoit, l’Atelier des artistes en exil a besoin de matériel et de personnes pour enseigner le français ou accompagner les réfugiés dans leurs sorties culturelles. Si vous souhaitez vous impliquer, vous pouvez donc les contacter via leur site internet.

 

Images : Rirkrit Tiravanija, untitled 2017 (we dream under the same sky, new york times, january 26, 2017), 2017, Peinture à la main sur papier journal / Handpaint on news paper, 228,6 x 185,4 cm / 89.7 x 72.8 in. Courtesy of the artist and Galerie Chantal Crousel, Paris; vue de l’accueil de l’Atelier des artistes en exil

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commentaire

Une Réponse pour L’art au service des migrants

Sergio dit: 26 septembre 2017 à 20 h 27 min

« ceux qui auront la chance de pouvoir les acquérir n’éprouveront pas qu’un plaisir solitaire »

C’est le Régent, Philippe d’Orléans, qui aurait été le premier à ouvrir ses très riches galeries à un public relativement large.

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