de Patrick Scemama

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La République de l'Art
L’Orient sensuel et rêveur de Youssef Nabil

L’Orient sensuel et rêveur de Youssef Nabil

On reconnaît une photo de Youssef Nabil entre mille. A ses couleurs d’abord : pastelles, passées, comme sorties d’un vieux livre ou d’un magazine de cinéma des années 50. Il faut dire que l’artiste use d’une technique bien particulière, à laquelle il reste toujours fidèle : il fait des photographies argentiques en noir et blanc et colorie ensuite chaque tirage à la main, ce qui les situe entre photo et peinture et leur donne un caractère unique (à l’instar de Pierre et Gilles, sauf que Youssef Nabil tire en plusieurs exemplaires  et utilise la couleur de manière plus douce). C’est pour rendre hommage à l’esthétique qui a baigné son enfance que l’artiste a recours à cette technique, qu’il a apprise auprès des derniers coloristes et retoucheurs de photos : il est et a grandi en Egypte et ses premières années ont été marquées par les stars flamboyantes du cinéma de son pays.

Nabil 2Le cinéma, c’est d’ailleurs la passion de Youssef Nabil et l’univers dans lequel il voulait faire carrière. Mais comme il était très difficile de rentrer dans une école de cinéma en Egypte si l’on n’était pas pistonné, il s’est tourné vers la photo et a rencontré, par hasard, David LaChapelle et Mario Testino, qu’il a assistés successivement. Après les avoir suivis à Paris et à New York, il a commencé sa propre production et s’est mis à photographier des vedettes de cinéma (Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Charlotte Rampling, etc) mais aussi des stars de l’art contemporain (en général des femmes aux caractères bien trempés : Louise Bourgeois, Tracey Emin, Martina Abramovic) ou des inconnus avec lesquels il entretient une relation d’intimité. Et depuis quelque temps, il s’est lancé dans des autoportraits où le voit, nu ou en Djellaba, de dos face à un port ou un coucher de soleil, le plus souvent dans une de ces villes méditerranéennes qu’il affectionne.  De ces images poétiques, fragiles, où il rappelle son attachement à sa culture et à son identité, naissent une sensation de paix, d’harmonie, mais aussi de mélancolie et de finitude.

Ce sont toutes ces images que regroupe la superbe monographie qui vient d’être publiée chez Flammarion. Reproduites en pleine page, avec une excellente qualité d’impression, elles rendent un juste hommage à l’univers si sensible et si singulier de ce bel artiste. Agrémentées de deux entretiens, un avec le commissaire d’expositions Hans Ulrich Obrist et le second avec Marina Abramovic, elles forment un livre qui incite au rêve et à la sensualité.

Youssef Nabil, Editions Flammarion, 256 pages, 60€

Images: Catherine Deneuve, Paris, 2010; Self-Portrait, Essaouira, 2011.

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