de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Simon Buret

Simon Buret

L’artiste à découvrir ce mois-ci est un inconnu célèbre. Inconnu, parce que dans le domaine des arts plastiques, son nom ne dit pas grand-chose. Mais célèbre, parce dans le milieu de la musique, il est un des deux membres du groupe pop AaRON, qui a déjà quatre albums et des tournées internationales derrière lui (il a été en tournée cet été dans le Sud de la France). C’est du dessinateur et du peintre qu’il sera toutefois question ici, puisque Simon Buret (c’est son nom) expose pour la deuxième fois ses œuvres à la galerie Ofr à Paris.

La peinture n’est cependant pas arrivée par hasard dans la carrière de l’artiste. Elle est même sa vocation initiale. Il a fait une prépa en arts appliqués en France et les Beaux-Arts de Bruxelles. Mais comme il avait plusieurs cordes à son arc, il a vite été rattrapé par la musique et le cinéma, puisqu’il est aussi acteur (il a joué, entre autres, le rôle de Cocteau dans la série The Genius). Pendant plusieurs années, elle est donc passé au second plan, mais Simon Buret ne l’a jamais abandonnée pour autant et a toujours continué à remplir des carnets : « Pour moi, écrire avec des mots ou avec du dessin et de couleur revient au même, précise-t-il, c’est juste un autre mode d’expression ».
Mais s’il a poursuivi son activité plastique, le chanteur/comédien n’a jamais voulu la montrer. « J’étais trop timide, explique-t-il, pas assez sûr de moi. Mais pendant le confinement, comme tout le monde, je me suis beaucoup replié sur moi et je me suis consacré à la peinture. Et, petit à petit, suite à l’insistance, aussi, de certains de mes proches, je me suis décidé à poster des images sur Instagram ». C’est grâce aux réseaux sociaux qu’il acquiert une réputation en tant que peintre. Il est de plus en plus suivi, ses posts suscitent de plus en plus de commentaires et, un jour, il reçoit une proposition de la galerie Ofr pour une exposition. Celle-ci a eu lieu l’année dernière et comme elle a été couronné de succès, la galerie lui en a proposé une seconde en cette rentrée.
Cette nouvelle exposition s’intitule The Travels, propose un voyage dans l’imaginaire et réunit une quarantaine d’œuvres sur toile, bois, papier, etc. Tous les supports sont bons pour Simon Buret, sa créativité s’exprime sans limites. Ce qui frappe, en voyant ses œuvres, c’est de voir à quel point elles font ouvertement référence aux grands maîtres, à Picasso, à Picabia, à Miro ou même à Basquiat (c’est parce que sur plusieurs toiles de Basquiat apparait le nom du joueur de base-ball Hank Aaron qu’il a décidé d’appeler son duo de cette manière). L’artiste ne renie en rien ses influences, même s’il ne cherche pas la citation pour autant : « Ce sont des gens qui ont ouvert des portes, explique-t-il, et moi je m’y engouffre. Ce qui m’intéresse, c’est le travail sur la matière. J’utilise l’encre et l’acrylique et je cherche un équilibre entre les deux. Mon but est de capter l’émotion et de laisser le spectateur s’en saisir, comme dans un effet de miroir. Pour cela, je cherche l’accident, le point de rupture, là où tout pourrait basculer. J’aimerais ouvrir sur l’invisible ».

Mais lorsque l’on montre un taureau, par exemple, peut-on faire abstraction du fait que c’est une figure que de nombreux artistes, comme Picasso, ont déjà mis en avant ? « Non, répond-il, mais ce qui m’intéresse, c’est que cet animal est à la fois une idée du martyre et un symbole de la puissance. C’est l’image du Minotaure. Et la place donnée par l’homme aux animaux dans la société est une question qui me préoccupe beaucoup. Utiliser des thèmes qui ont déjà beaucoup servi dans l’histoire de l’art peut être une manière de parler d’aujourd’hui ».

Et cette activité picturale a-t-elle un lien avec la pratique musicale ? « J’aimerais qu’elle soit isolée, mais en fait, elle participe d’une même exploration de l’imaginaire. Ce qui est différent, c’est qu’elle est silencieuse, très personnelle, alors que le concert se joue dans l’échange, dans la réactivité. J’aime le silence qui règne dans les salles de musée et je conçois un peu l’exposition comme un monastère. »

Enfin, le fait d’avoir un atelier en Grèce et d’y vivre une partie de l’année a-t-il une influence sur son travail ? « Pour la puissance de la lumière, dit-il, pour l’écrasement plus que pour les images ou les couleurs elles-mêmes. Et la Grèce n’est-elle pas cette terre des symboles et des métaphores que j’affectionne et qui nourrissent ma peinture ? »

-Simon Buret, The Travels, du 3 au 23 septembre à Ofr. Galerie, 20 rue du Petit-Thouars 75003 Paris

images: Simon Buret, La Chair des couronnes, L’Endormi, La Conversation, La Joie

Cette entrée a été publiée dans L'artiste à découvrir.

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commentaire

Une Réponse pour Simon Buret

Lionel Baert dit: à

C’est un très beau travail à voir en vrai. Le style de Simon est assuré, assumant quelques citations de figures connues de l’art moderne et contemporain.

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