de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Fin d’été au Centre Pompidou

Fin d’été au Centre Pompidou

La rentrée s’approche et les galeries, qui sont encore toutes en pause estivale, s’apprêtent à affronter l’automne, période cruciale pour elles, puisqu’elle coïncide avec l’ouverture de la FIAC, fin octobre (un grand nombre ouvriront leurs portes dès le 5 septembre). On est donc dans un entre-deux, qui permet de voir des expositions qu’on n’avait pas eu le temps de voir avant les vacances ou qu’on avait survolées un peu trop rapidement. Comme l’exposition Mona Hatoum, par exemple, qui se tient jusqu’à la fin septembre au Centre Pompidou. Pour être tout à fait honnête, je ne connaissais pas bien le travail de cette artiste. J’avais vu quelques œuvres, qui m’avaient semblé très engagées, mais comme souvent les œuvres « très engagées », un peu lourdes et un peu démonstratives. Il faut dire que son itinéraire l’explique, qui est singulier : née en 1952 à Beyrouth, de parents palestiniens, elle se rend à Londres pour un court séjour en 1975, c’est-à-dire au moment où la guerre éclate, et ne peut donc pas rentrer chez elle. Obligée de rester dans la capitale britannique, elle entreprend des études d’art et s’y installe, au point d’y vivre encore aujourd’hui (en alternance avec Berlin). Mais elle éprouve un fort sentiment d’exil et se remet difficilement de sa séparation d’avec le reste de sa famille. Elle reste donc très attachée à la scène artistique libanaise, mais aussi à toutes les questions concernant l’errance, les déplacements de peuple, les modifications de frontières, la difficulté de vivre loin de chez soi.

10. Mona Hatoum - Hot Spot © Courtesy of the Artist © Photo Courtesy of the Artist and Courtesy Galerie Max Hetzler Paris Berlin [Jörg von Bruchhausen]On a souvent tendance à lire l’ensemble du travail de Mona Hatoum à l’aune de cette trajectoire. Et de fait, un certain nombre d’œuvres attestent de cet ancrage très politique. Les premières œuvres, par exemple, celles des années 80, des vidéos qui documentent des performances, et dans lesquelles on la voit arpenter les rues de Londres en laissant des traces au sol ou filmer, à l’aide des techniques d’examens médicaux,  l’intérieur de son corps et le projeter au sol, de manière à ce qu’il apparaisse comme un élément étranger, humilié, sur lequel on peut marcher, comme le corps de la femme dans la société occidentale (de nombreuses œuvres de cette époque font écho aux travaux d’autres artistes féministes et ayant connu un contexte politique difficile comme Marina Abramovic, Ana Mendieta ou Gina Pane). Et d’autres, plus tardives, qui ont trait aux notions de frontières, comme Present Tense, créée à la galerie Anadiel de Jérusalem et composée de 2200 pains de savon à l’huile d’olive fabriqués à Naplouse, sur lesquels la carte définie en 1993 par les accords de paix d’Oslo entre Israël et les palestiniens a été tracée. Ou d’autres encore qui font référence à des cages et des prisons inspirées par les théories du Surveiller et punir de Foucault tout autant que par la situation des palestiniens. Dans tous ces cas, la volonté dénonciatrice dont je parlais plus haut s’affiche clairement, elle est puissante, mais se donne parfois à lire de manière trop littérale (on pourrait aussi parler de ces instruments ménagers, comme la râpe, que l’artiste agrandit jusqu’à en faire des paravents qui séparent l’espace et menacent le spectateur).

Mais on aurait tort de réduire son travail à ces paramètres et, même à l’intérieur de ces œuvres très démonstratives, il y a aussi des pièces d’une grande poésie, qui « disent » les choses, mais sans les asséner, comme Map (clear), une carte du monde réalisée à l’aide de billes de verre limpides comme du cristal. Ces billes ne sont pas fixées au sol, de sorte que le moindre mouvement du spectateur peut faire bouger les lignes, voire complètement détruire l’œuvre. Et puis il y a ces œuvres sur papier de petite dimension que l’artiste réalise à partir d’éléments du quotidien (cheveux, ongles, sang, taches) et qui sont en résonnance métaphorique avec des œuvres de plus grande ampleur, photos, sculptures ou installations et qui semblent plus jouer sur un registre sensible. Là, l’artiste retrouve l’implication physique, voire organique, de ses premières œuvres et par là-même – et en traçant des cartes d’un autre registre – fait acte politique, mais dans un langage plus discret, qui revient aux codes du minimalisme et, par sa retenue même, n’en agit que plus efficacement…

Vassily Kandinsky Mit dem schwarzen Bogen 1912 Collection Centre PompidouAu Centre Pompidou, on peut voir aussi le nouvel accrochage des collections modernes qui vont de 1905 à 1965 et qui sont la première étape d’importants travaux qui vont être réalisés dans le musée prochainement. Le premier changement notoire est qu’on entre désormais par le cinquième étage, accédant ainsi directement aux collections d’art moderne, pour descendre ensuite au quatrième, voir l’art contemporain, alors qu’avant et pour des raisons qu’on ignore, on entrait par le quatrième et il fallait monter au cinquième pour faire le parcours dans l’ordre chronologique. Un des autres changements est le retour à un accrochage plus classique, plus didactique, qui représente de manière équitable les grands fonds détenus dans la collection. La précédente présentation, en effet, Modernités plurielles (cf http://larepubliquedelart.com/les-tops-et-les-flops-de-2013/), due à Catherine Grenier, proposait une vision élargie de l’histoire de l’art du XXe siècle, en confrontant aux chefs d’œuvre connus de l’art européen des œuvres ou des objets venant d’autres continents, mettant ainsi en lumière les liens qui pouvaient se tisser entre ces différentes cultures. Cette nouvelle présentation revient au système des écoles avec les grands noms qui les caractérisent. On passe ainsi de l’Expressionnisme avec Kirchner et Gontcharova au Fauvisme avec Matisse et Derain, puis au Cubisme avec Braque et Picasso, puis au début de l’abstraction avec Kandinsky et Delaunay, etc., jusqu’au Pop art des années 70  Mais des salles ont aussi été réservées au design et à l’architecture, avec, entre autres, une salle consacrée au Bauhaus, une autre à Jean Prouvé. Enfin, on a imaginé, tout au long du parcours, des expositions-dossiers qui sont comme des pauses au milieu des collections et qui ont pour vocation d’être renouvelées deux fois par an. Pour les deux premiers semestres 2015, celles-ci sont réservées aux « passeurs » c’est-à-dire aux critiques, intellectuels, écrivains, qui ont soutenu les artistes et éclairé leur travail. Ceux présentés jusqu’en décembre de cette année ont pour noms : Georges Duthuit, Guillaume Apollinaire, André Breton, Georges Bataille ou encore Jean Cocteau, bref, la fine fleur des lettres et de la pensée française de la première moitié du XXe siècle. Une excellente idée qui prouve qu’à l’époque, les arts n’étaient pas si cloisonnés qu’ils ne le sont aujourd’hui et qui, en soulignant le lien entre les arts plastiques et la littérature, retrouve la vocation première du Centre Pompidou, à savoir celle d’un lieu où toutes les disciplines cohabitent.

 

-Mona Hatoum, jusqu’au 28 septembre à la galerie 1, niveau 6 ; la nouvelle présentation des collections d’art moderne au niveau 5, Centre Pompidou (www.centrepompidou.fr)

 

 

Images : Mona Hatoum, Stream, 2013, Cheveux sur papier toilette, 10 x 20 cm © Courtesy of the artist © Photo Courtesy Kunstmuseum St.; Hot Spot, 2013, Acier inoxydable, tube au néon, 234 x 223 x 223 cm, Exemplaire d’exposition © Courtesy of the artist, © Photo Courtesy of the artist and Galerie Max Hetzler, Berlin | Paris, [photo Jörg von Bruchhausen] ; Vassily KANDINSKY, Mit dem schwarzen Bogen (Avec l’arc noir), 1912, OEuvre réalisée à Munich à l’automne 1912, Huile sur toile, 189 x 198 cm, Donation de Mme Nina Kandinsky en 1976, Collection Centre Pompidou, musée national d’art moderne, MNAM-CCI/Dist. RMN-GP

Photo : Philippe Migeat, Centre Pompidou © Domaine public

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commentaire

Une Réponse pour Fin d’été au Centre Pompidou

Court dit: 3 septembre 2015 à 16 h 08 min

On peut cependant regretter l’accrochge précédent, ouvert sur le monde et comme tel stimulant parce que pérsentant des peintres inconnus ici et pas nécessairement mauvais, en tous cas représentatifs du foyerque fut Paris.
Le retour à un accrochage plus classique comblera les spectateurs venus pour Picasso et les autres. On a remarqué l’émergence d’une série de Rouault bien venus surle thème de la parae, et deux regroupements efficaces sur l’expressionnisme et Dada.
Il me semble pourtant- j’y suis passé trois fois- que l’éclairage n’est pas toujours ce qu’il devrait etre.
Je verrai le travail d’Hatoum à la rentrée.Meme perplexité.
MC

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