de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Gaspard Struelens

Gaspard Struelens

Gaspard Struelens est belge, mais il a fait ses études à la Villa Arson de Nice, où il expose actuellement, dans le cadre des diplômés de la promotion 2013. De son pays natal, il a gardé un certain sens de l’irréalisme, de l’absurde, du combat mené contre des moulins à vent (même si la référence est plutôt ici espagnole et que les tentatives de l’artiste ne demeurent pas toujours vaines). Car ce ne sont pas aux limites de la toile ou de la matière que se heurte le jeune homme, mais à des forces bien plus grandes : celles de la nature hostile, du monde inexorablement régi par les lois physiques de la gravitation. Son travail, en effet, consiste à inscrire son corps, partiellement ou entièrement dévêtu, dans la nature, à le mesurer à des paysages désertés, à en comprendre les règles qui les régissent et à entrer en tension avec eux. Et de ce geste éphémère qu’il nomme « actions sculpturales » à garder, la plupart du temps, des photos ou des vidéos qu’il réalise seul et sans trucages. Ainsi, à la Galerie de la Marine, par exemple, où se déroule la première partie de l’exposition (Le Sens de la vague), on peut voir successivement deux vidéos : dans une première, sans titre, réalisée en 2011, on le voit sortir d’une petite cabane envahie par les eaux et tourner autour de cette cabane avant d’y rentrer à nouveau ; dans la seconde, Aménagements, on le voit arriver sur un terrain de sport où un cercle est tracé, uriner en faisant un autre cercle à l’intérieur de celui qui existe déjà et repartir en laissant la trace au sol. Dans cette même galerie, on voit aussi deux pièces qui ont été réalisées vers le Pont du Gard : une vidéo, Gardons le sourire (sic), dans laquelle l’artiste, pendant plus de dix minutes, fait couler de l’eau de sa bouche en gardant le sourire, tandis que le Pont du Gard apparaît derrière lui comme une carte postale, et une photo dans laquelle on le voit sauter en l’air au milieu d’une carrière et inscrire son image sur le reflet de l’eau.

2Un même saut est au centre d’une photo prise cette fois dans le Morbihan et exposée à la Villa Arson, où est montrée la deuxième partie de l’exposition (En Promotion). Ainsi qu’une photo prise sur le Barrage de Sainte Cécile d’Andorge où l’artiste apparaît comme une ultime résistance au milieu des sillons minimalistes tracés dans le sol. A chaque fois, il y a une lutte entre son corps et l’univers dans lequel il s’inscrit, comme si, dans un monde délaissé par la civilisation, l’enveloppe charnelle était le dernier instrument de mesure possible. On pense bien sûr à Philippe Ramette, mais à un Philippe Ramette plus brut, plus archaïque, moins dandy cultivant l’art du paradoxe. « Dans la plupart de mes travaux, j’essaie de trouver un lieu où je me tiens avec mes yeux, explique Gaspard Struelens. La Parabole des Aveugles de Pieter Bruegel m’a permis de saisir une certaine impossibilité du corps et du regard. L’aveugle ne voit rien mais pourtant, à l’instant de sa chute, il me regarde. Le corps qui bascule, qui fait basculer le cadre. Bien voir n’a plus aucun sens, il faut regarder, en perdant l’équilibre. Le regard me demande de lâcher ce que je crois contrôler. Le point de vue devient point de rupture. »

Drôle de lascar que ce Gaspard-là !

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Le Sens de la vague, Galerie de la marine, 59 quai des Etats-Unis, Nice (www.nice.fr)

En Promotion, Villa Arson, 20 avenue Stephen Liégeard, Nice (www.villa-arson.org)

Jusqu’au 6 octobre

Images : carrières de Vers Pont du Gard, 2011, 60 x 80 cm, photographie couleur ; Barrage Sainte Cécile d’Andorge, 2012, 80 x 105 cm, photographie couleur ; Gardons le sourire, 2010, vidéo de 11 minutes 38, Pont du Gard

 

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