de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Les tops et les flops de 2013

Les tops et les flops de 2013

L’année s’achève et l’heure est au bilan. Comme l’a dit Pierre Assouline dans un de ses récents billets, à l’inverse des Anglais ou des Américains, nous (les Français) ne sommes pas les champions des palmarès, listes et autres classements qui distinguent les bons des mauvais élèves. Il n’empêche qu’en cette fin décembre, la tentation est grande de penser à ce que furent les tops et les flops de l’année qui vient de s’écouler. Je vous livre donc ma petite sélection « art », en toute subjectivité et en ayant conscience, bien sûr, d’oublier plein de choses qui mériteraient d’y figurer.

Côté tops, on a envie de citer le magnifique pavillon français d’Anri Sala à la dernière Biennale de Venise, avec son installation vidéo Ravel, Ravel, Unravel qui, autour d’une double captation du Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel, se livrait à un jeu subtil sur les notions de « mêler » et de « démêler ». Mais cette Biennale, globalement très réussie, a réservé aussi d’autres surprises, comme l’incroyable performance de Tino Sehgal qui se déployait comme une chorégraphie sans fin dans l’exposition des Giardini. Tino Sehgal a reçu à juste titre le Lion d’or du meilleur artiste. A Venise toujours, et en marge de cette Biennale, on a pu assister à un évènement étrange et déconcertant : la réactivation de la fameuse exposition organisée en 1969 par Harald Szeemann à la Kunsthalle de Bern, Live in Your Head : When Attitudes Become Form, qui a révélé toute une génération d’artistes issus aussi bien de l’Arte Povera que du Land art, de l’art conceptuel ou du minimalisme. Volonté de montrer la modernité d’une exposition qui est entrée dans l’histoire ou simple exercice de nostalgie ?

Côté tops, on a encore envie de citer la superbe intervention de Giuseppe Penone à Versailles, l’ébouriffante exposition Picasso à Monaco (les toiles du maître dans la collection Nahmad) ou toutes les manifestations autour de Matisse orchestrées par Jean-Jacques Aillagon cet été à Nice. Mais l’automne fut riche aussi avec les expos de Pierre Huyghe à Beaubourg et de Philippe Parreno au Palais de Tokyo que l’on peut encore voir jusqu’au début janvier (avec, pour l’exposition Parreno, une autre et non moins géniale performance de Tino Sehgal) ou avec Tomorrow, l’étonnante reconstitution de l’appartement d’un architecte gay et ruiné par le duo Elmgreen and Dragset au V and A Museum de Londres. Enfin le Surréalisme et l’objet, passionnante rétrospective conçue par Didier Ottinger qui se tient également jusqu’en mars au Centre Pompidou, fut incontestablement un des moments forts de l’année écoulée.

Côté flops, une seule exposition vient immédiatement à l’esprit, mais de taille : celle imaginée par Bernard-Henri Lévy, Les Aventures de la vérité : peinture et philosophie, cet été, à la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence. Il y avait bien longtemps qu’on n’avait pas vu entreprise aussi prétentieuse, vaine, égocentrique et, qui plus est, coûteuse. Mais elle a attiré un nombre considérable de visiteurs et, de ce point de vue-là, remplit son objectif. Côté ratages, on a été aussi bien déçu par la présentation, au Louvre, des collections personnelles de Bob Wilson qui rivalise, d’une certaine manière, avec la mégalomanie de BHL.

Mais l’histoire de l’art se réécrit tous les jours, ce qu’on porte au pinacle aujourd’hui est souvent oublié quelques années plus tard et bien malin serait celui qui prétendrait connaître l’art et les artistes que retiendra la postérité. C’est ce que montre, d’une certaine manière, le nouvel et très intelligent accrochage des collections d’art moderne du Centre Pompidou imaginé par Catherine Grenier, la candidate malheureuse à la direction du Centre : Modernités plurielles. Ici, foin de la perspective habituelle, linéaire et centrée autour des mouvements européens, mais une lecture « élargie » de l’art du XXe siècle (de 1900 à 1970), qui prend en compte, au sein même des collections du MNAM, des écoles et des esthétiques venues d’ailleurs, qui se situe à la croisée, souvent, des arts plastiques et des arts appliqués et qui révèle un certain nombre de femmes artistes dont le travail n’était quasiment jamais montré, comme Maria Blanchard, Chana Orfoff ou Huguette Caland. On voit ainsi, à côté des inamovibles Picasso, Matisse ou Fernand Léger, des pionniers méconnus des avant-gardes américaines, africaines ou asiatiques dialoguer avec des maquettes d’architecture, des objets d’art populaire ou des manuscrits. L’exposition reste chronologique, mais plutôt que de séparer les écoles des différents pays, soit elle les confronte au sein de salles consacrées soit au primitivisme, au futurisme ou au totémisme, soit elle se focalise sur un point ou sur une personne comme « l’anthropophagie et l’indigénisme » ou « Michel Leiris, l’homme intégral ». C’est-à-dire qu’elle montre que l’art n’est pas la seule création d’un homme (ou d’une femme), appartenant à une école et à un pays, mais la résultante de diverses influences, qui vont au-delà des formes et des nations et qui sont le produit de différentes cultures. C’est passionnant, très stimulant pour les neurones et cela remet complètement en cause notre manière de concevoir l’art du siècle passé.

IMG_0053Pour terminer, rappelons que 2013 aura vu la mort d’artistes notoirement connus comme Zao Wou-Ki, Walter de Maria ou Jean Rustin, mais aussi celle d’artistes qui l’étaient moins et qui le seraient sans doute devenus, comme Cristof Yvoré, disparu trop tôt à l’âge de 48 ans et dont nous avons beaucoup défendu le travail sur ce blog.

Bonne année 2014, avec, pour avant-goût et parmi bien d’autres, des expos Van Gogh/Artaud et Gustave Doré au Musée d’Orsay, les Kabakov et Bill Viola au Grand Palais, Martial Raysse et Jeff Koons à Beaubourg.

Modernités plurielles, jusqu’au 31 décembre 2014 au Centre Pompidou (www.centrepompidou.fr)

La plupart des expositions citées dans ce billet ont donné lieu à des comptes rendus qui sont toujours sur ce blog.

Images : Huguette CALAND, Née en 1931, Beyrouth, Brides de corps, Huile sur toile, 1973, 90 x 120 cm, Donation © Huguette Caland ; Cristof Yvoré, Sans titre 2013, 48,5 x 42 cm, Huile sur toile, Courtesy Zeno X Gallery Antwerp

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