de Patrick Scemama

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La République de l'Art
A Nice l’OVNi a pour nom vidéo

A Nice l’OVNi a pour nom vidéo


Nice, ville de cinéma, l’histoire est longue et fructueuse. Pendant plusieurs décennies, de nombreux films furent tournés aux Studios de la Victorine, parmi lesquels Les Enfants du Paradis de Carné/Prévert (le célèbre « boulevard du Crime » parisien fut entièrement reconstitué en studio) et La Nuit américaine de Truffaut. Mais depuis quelques années, la « Baie des anges » est aussi devenue un haut-lieu de la vidéo, cet autre aspect de l’image animée, qui représente un des médiums de base de l’art d’aujourd’hui, avec le Festival OVNi (Objectif Vidéo Nice) qui a vu le jour à l’Hôtel Windsor. Dans cet hôtel arty du centre-ville, dirigé par Odile Redolfi, de nombreuses chambres ont été décorées par des artistes tels que Ben, évidemment, l’artiste niçois par excellence, mais aussi François Morellet,  Olivier Mosset ou Jean-Pierre Bertrand. Et là, c’est dans les chambres elles-mêmes, allongé sur un lit, ou au milieu du spa que l’on peut visionner les œuvres, sélectionnées avec exigence et soin par les commissaires Haily Grenet et Pauline Payen.

Ce Festival revient cette année pour la quatrième fois et se déroulera en plusieurs séquences. Dans une première, qui va du 16 au 25 novembre, c’est la ville toute entière qui sera investie et, en particulier, ses lieux historiques comme le Palais Lascaris, qui accueillera une programmation du Fresnoy, ou le Musée de la préhistoire Terra Amata qui montrera une œuvre d’Harun Farocki présentée par le Frac PACA. Mais les grandes institutions culturelles niçoises, telles que le Mamac ou le 109-pôle de culture contemporaine, seront aussi de la partie et intègreront à leurs expositions une programmation vidéo. Et des collectionneurs privés se prêteront au jeu en ouvrant les portes de leurs appartements (Lola Gassin pour montrer Marcel Bataillard et Benoît Girmalt, Colette Soardi pour une proposition de We Want Art Everywhere, entre autres). En tout, ce seront des vidéos d’une centaine d’artistes qui seront projetées dans plus de trente lieux publics ou privés, piliers de l’art contemporain à Nice.
Puis, dans une deuxième séquence, qui se concentre sur le week-end des 24 et 25 novembre, c’est à l’hôtel que le Festival s’installera, dans un souci « d’hospitalités artistiques », en invitant des structures « à présenter des vidéos d’art dans le contexte transitoire et l’intimité d’une chambre d’hôtel ». Ainsi, l’Hôtel la Villa Victoria présentera une dizaine d’installations vidéo programmées, entre autres, par le Broad Museum de Michigan, le SAM Art Project ou le projet curatorial Karma Ltd Extended de Berlin. En face, à l’Hôtel La Malmaison, le public pourra découvrir une exposition du Total Museum (Video Portrait) venue spécialement à Nice pour OVNi. Et à l’Hôtel la Villa Rivoli, c’est Pink-Pong, le réseau d’art contemporain de Toulouse qui présentera, entre autres, des œuvres de Bonella Holloway, Bétraice Utrilla et Estelle Vernay.

Ovni 18 2Enfin, pendant ce même week-end (c’est la troisième séquence), se déroulera à l’Hôtel Windsor lui-même, le salon Camera Camera, qui invite des galeries pour leur position et leur engagement en faveur de l’art vidéo, mais aussi dans un but commercial, « afin d’associer le festival et le marché ». Là, plus d’une vingtaine de galeries internationales, parmi lesquelles Continua, Eva Hober, DIX9 ou Dohyang Lee, présenteront  des vidéos en « chambre obscure », c’est-à-dire dans un format qui plonge le spectateur dans une boîte noire, ou en « chambre claire », c’est-à-dire un format propice aux œuvres de différents médiums. Et un jury, présidé par Caroline Bourgeois, avec à ses côtés, Gilles Fuchs, le président de l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l’Art Français) et Chiara Parisi, entre autres, élira l’artiste de la meilleure vidéo (10 000€ remis par la Compagnie de Phalsbourg) et le galeriste du meilleur projet en chambre du salon. A noter que l’ensemble de la manifestation, festival et salon, est parrainé par l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon.

Quand on sait aussi qu’une nouvelle installation de Jean Dupuy, l’artiste nonagénaire, sera dévoilée dans le lobby de l’hôtel et que des conférences, des concerts ou des table-rondes ayant pour but de favoriser les échanges entre artistes, galeristes et collectionneurs, ponctueront  le festival, on met déjà son pyjama pour se glisser dans les draps soyeux  d’un lit et savourer davantage encore les délices de la vidéo…

Visions d'exilA noter qu’aujourd’hui, s’ouvre aussi, mais à Paris cette fois, le deuxième festival « Visions d’exil », lié aux questions des migrants, et qui se tient, pendant un mois, à la fois à la Cité internationale des arts (site de Montmartre) et au Musée de l’immigration de la Porte Dorée. Au programme de cette manifestation nécessaire et généreuse, qui souhaite donner la parole à ceux qui, généralement, ne l’ont pas, entre autres : une exposition réunissant cinq portraits et une fresque géante commandée à six artistes travaillés par l’exil (Regarde-moi), un spectacle de danse de Thierry Thieû Niang réunissant 10 danseurs de l’atelier des artistes en exil (Va voir là-bas si j’y suis) et un spectacle de Judith Depaule d’après les récits de 14 artistes en exil (Je passe… 1&2) au Musée de l’immigration ; des expositions de photos, sculptures et peinture, des concerts et des débats à la Cité internationale des arts… Outre qu’ils s’annoncent passionnants, tous les évènements sont aussi gratuits !

-OVNi, du 16 au 25 novembre à l’Hôtel Windsor de Nice et dans de nombreux autres lieux de la ville (www.ovni-festival.fr)

-Visions d’exil, jusqu’au 2 décembre (tout le programme et l’adresse des lieux sur www.visionsexil.aa-e.org)

 

Images : Pauline Bastard, Construire les liens familiaux, galerie Eva Hober ; Marc Godoy, The Distance between us, galerie DIX9, Paris; vue d’un portrait de Mahmoud Halabi présenté dans l’exposition Regarde-moi au Musée de l’immigration

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commentaires

3 Réponses pour A Nice l’OVNi a pour nom vidéo

Udnie dit: 5 novembre 2018 à 21 h 16 min

 » l’ensemble de la manifestation, festival et salon, est parrainé par l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon. »
Pourquoi en oublier sa fonction essentielle, ( il n’est plus ministre depuis belle lurette )qui est celle d’être le pourvoyeur ( en chair vidéaste fraîche ) attitré du trust artistico-financier Pinault. Ce dernier en est peut-être le financier/mécène de cette manifestation?
Bien à vous.

Patrick Scemama dit: 6 novembre 2018 à 8 h 03 min

Non, à ma connaissance, François Pinault n’est en rien mécène de cette manifestation, même si une autre de ses collaboratrices, Caroline Bourgeois, y participe en tant que présidente du jury du salon Caméra Caméra. Concernant Aillagon, peut-être faut-il préciser qu’il est souvent impliqué dans les affaires culturelles de la ville de Nice, puisque le maire, Christian Estrosi, lui confie des missions commémoratives. Il tente en ce moment de faire classer la Promenade des Anglais au Patrimoine de l’Unesco.

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