de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Paris, semaine de Fiac

Paris, semaine de Fiac

La Fiac s’ouvre aujourd’hui avec son traditionnel cortège de vernissages, fêtes et événements en tous genres qui laisserait sur les rotules le plus vaillant des marathoniens. La nouveauté de cette édition, après l’abandon la foire Officielle à la Cité de la Mode et du Design, jugée trop excentrée et trop chère pour les exposants, c’est l’arrivée au Petit Palais, pour une exposition, On Site, qui n’est pas sans évoquer le « Art Unlimited » de la Foire de Bâle et qui consiste à présenter, en dialogue avec les œuvres de la collection et l’architecture du lieu, des pièces qui sont bien sûr à vendre, mais qui, par leurs dimensions ou leur importance, n’auraient pas trouvé place au Grand Palais. Dans ce nouvel accrochage, que l’on peut qualifier de plus « muséal » et qui investit aussi bien l’intérieur que les jardins et l’extérieur du Petit Palais, on trouve des œuvres de plus de quarante artistes, aussi bien des sculptures (Guillaume Leblon, Damien Hirst, Jan Fabre, etc.) que des installations (Jimmie Durham, Benoit Maire, Alain Bublex) ou des vidéos (Yu Honglei). Tout n’y pas de la même qualité et tout ne s’intègre pas avec autant de bonheur dans l’architecture « Belle Epoque » du lieu, mais cette initiative permet au spectateur qui n’est pas un connaisseur absolu de l’art contemporain et du monde des galeries d’être confronté à des œuvres qui sont plus « incontestables » et qui, de fait, lui offre une introduction plus facile et plus posée à l’art d’aujourd’hui que le bouillonnement qui règne en face.

01ac7f3fd10b01cebdd2acee687430bd6dbdd13c24Celui-ci, d’ailleurs, pour peu qu’on y prête un peu d’attention, se révèle moins tumultueux qu’il n’y parait. Cette nouvelle édition de la Fiac, en effet, se distingue par son équilibre, son harmonie, son élégance même sous la verrière toujours prestigieuse du Grand Palais. Et là, la nouveauté, outre qu’on y a fait revenir d’excellentes galeries qui avaient été évincées l’année passée (Bugada & Cargnel ou Praz-Delavallade, par exemple), c’est qu’on a ouvert un nouvel espace, le salon Jean Perrin, juste à côté du Salon d’honneur, dans lequel sont présentes des galeries qui mettent à l’affiche des « figures importantes en marge de l’histoire », dixit Jennifer Play, la directrice de la Foire, comme William Burroughs, mieux connu pour ses écrits que pour ses dessins (chez Semiose) ou Tudsemi Kudo (chez Christophe Gaillard). Sinon, la Fiac joue un certain classicisme, ne verse pas dans une outrance contemporaine, ce que certains pourraient lui reprocher, mais qui, dans la période actuelle, se révèle plus judicieux. A l’étage, chez les plus jeunes, on trouve d’excellents stands, comme celui de la galerie Grey Noise de Dubai, qui présente le travail à la fois conceptuel et romantique de Charbel-joseph H. Boutros, ou Gaudel de Stampa, qui fait une sélection de ses meilleurs artistes. En bas, c’est toujours un plaisir de voir les stands de Kurimanzutto, même si celui-ci aurait intérêt à faire en sorte que l’identification des œuvres ne relève pas du rébus, de Marian Goodman, de Metro Pictures, de Zeno X, qu’on remercie de défendre avec toujours autant de fidélité le travail de Cristof Yvoré, ou de la très bonne Dvir Gallery de Tel Aviv, qui a récemment ouvert un nouvel espace à Bruxelles et qui défend des artistes comme Adel Abdessemed, Ariel Schelinger ou Miroslaw Balka. Et cette année, la Fiac inaugure un cycle de performances dont certaines, comme celle d’Alex Cecchetti, auront lieu au Palais de la Découverte adjacent. Un bon cru, donc, et dont on verra rapidement s’il se solde par un succès commercial. Hier, en tous cas, à la mi-journée, l’incroyable galerie 1900-2000, qui présente des pièces historiques de Man Ray, Picabia, Picasso ou Masson n’affichait que quelques points rouges pour signaler les ventes réalisées, beaucoup moins, il me semble, que les années précédentes à la même heure…

Si vous préférez le « off », et en attendant la YIA-Art Fair qui s’ouvre ce soir au Carreau du Temple, vous pouvez vous rendre à « Paris Internationale ». Cette foire parallèle a vu le jour l’an passé, en réaction justement à l’éviction par la Fiac d’un certain nombre de galeries françaises que l’on ne jugeait plus assez représentatives. Montée dans l’urgence, avec l’énergie de ceux qui ne veulent pas se résigner, elle avait su attirer de nombreuses autres galeries étrangères et avait remporté un beau succès. Pour cette nouvelle édition, elle change de lieu (toujours avenue Iéna) et investit un magnifique immeuble haussmannien  qui fut l’hôtel particulier du richissime collectionneur Calouste Gulbekian. Et elle accueille une vingtaine de galeries supplémentaires, qui montrent les oeuvres dans tous les étages, ne s‘interdisant pas parfois d’utiliser les salles de bains, voire même les toilettes des chambres abandonnées. L’esprit est celui qui règne à Liste, la foire de Bâle alternative, sauf que cette fois, on est à Paris et que l’ancienne usine a fait place à un immeuble bourgeois. Et la qualité est toujours au rendez-vous, mais si elle devait continuer, « Paris Internationale » devrait faire attention à ne pas trop s’agrandir et à garder cette fraîcheur qui en fait le prix.

Si le mélange de l’art contemporain et de l’architecture bourgeoise vous inspire, vous pouvez aussi vous rendre à Private Choice, dans l’appartement, tout près du Grand Palais, que Nadia Candet occupe le temps de la foire et dans lequel elle présente « en situation » des œuvres d’art aussi bien que des pièces de design et qui sont vendues dans une fourchette de prix assez large. Là, sous les dorures, moulures et autres stucs, ce sont des peintures, sculptures ou néons de  Nils Guadagnin, Quentin Derouet ou Sophie Whettnall au côté de chaises et de tables de Valentin Loellman ou d’objets du duo d’architectes Berger & Berger qui sont proposes, Dans une ambiance plus feutrée et toujours avec les conseils avisés de la collectionneuse-marchande.

Cattelan 1Enfin, si c’est décidément l’architecture classique qui oriente vos choix, mais dans un contexte plus muséal, il faut vous rendre à la Monnaie de Paris, où Maurizio Cattelan, qui avait annoncé prendre une retraite anticipée, il y a quelques années, présente une exposition ironiquement intitulée : Not Afraid Of Love. Dans les boiseries et les salons superbement alignés de l’immeuble XVIIIe, il n’y a aucune pièce nouvelle, mais la plupart des œuvres qui ont fait la réputation de l’enfant terrible de l’art d’aujourd’hui : le Pape Jean-Paul II écrasé par un météorite, le cheval suspendu dans les airs, le petit garçon attaché à sa table de travail par des crayons qui lui traversent les mains… Si certaines pièces relèvent la pure malice (celle où l’on voit, par exemple, un mannequin à l’effigie de l’artiste sortir comme par intrusion du plancher), d’autres, comme les gisants en marbre ou la sculpture de Hitler à genoux et les mains jointes, font froid dans le dos. Tout l’art de Cattelan est là : provoquer et faire rire, mais susciter le malaise et faire réfléchir en même temps, en somme une définition de l’art contemporain qui, en cette période de Fiac, ne manquera pas d’alimenter bien des débats.

-Fiac, jusqu’au 23 octobre au Grand et au Petit Palais (et dans le jardin des Tuileries, www.fiac.com)

-Paris Internationale, jusqu’au 23 octobre, 51 avenue d’Iéna 75016 (www.parisinternationale.com)

-Private Choice, sur réservation uniquement à www.privatechoice.fr

-Not Afraid of Love de Maurizio Cattelan, jusqu’au 8 janvier à la Monnaie de Paris (www.monnaiedeparis.fr)

 

Images : Vue de la Fiac au Grand Palais, avec au premier plan, une œuvre d’Urs Fischer ; vue de l’exposition On Site du Petit Palais avec un vitrail de Kehinde Wiley ; Maurizio Cattelan, 1er plan , La Nona Ora, 1999, Résine polyester, cire, pigment, cheveux naturels, tissu, vêtements, accessoires, pierre, moquette, Arrière-plan : Sans titre, 2007, Résine de silicone, cheveux naturels, caisse en bois, tissu d’emballage, vis,  Novecento, 1997,Cheval naturalisé, sellerie en cuir, corde, poulie Photo : Zeno Zotti Vue de l’exposition Maurizio Cattelan, Not Afraid of Love à la Monnaie de Paris, du 21 octobre 2016 au 8 janvier 2017

Cette entrée a été publiée dans Expositions, Marché.

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commentaires

2 Réponses pour Paris, semaine de Fiac

xlew dit: 23 octobre 2016 à 15 h 23 min

Nombre des expositions ou installations (quelquefois très belles, on peut penser à celles de Gabriel Orozco) de la galerie Kurimanzutto cherchent désespérément la sortie et semblent quémander, au premier passant rencontré, le chemin vers l’atelier de Etienne Martin.
Des possibilités de saisissement encore réels non chiqués en regardant, en entrant, dans les toiles de Claire Tabouret par exemple, qui rappellent tout de même pas mal celles de Valérie Favre, ce qui n’est pas pour déplaire, mais toujours le spectacle de cette espèce de maladie contagieuse qui s’est abattue sur les artistes depuis une quinzaine d’année, et sa toux de commentaires et contre-commentaires sur l’identité, sexuelle, politique, ethnique.
Si vous prenez l’Eurostar pour assister malgré vous aux conférences de la South London Gallery, vous aurez idée de quoi je parle, Londres n’est pas immunisée.
Quand reviendra-t-on aux fondations de l’art, celui qui ne refusait pas le combat mettant aux prises l’artiste à la vérité, à la beauté, à tout ce qu’il faut bien appeler cette transcendance de ce que cela veut dire d’être un humain sur la Terre.
Au-delà de toutes ces revendications finalement quelquefois assez mesquines (dans la façon dont elles sont représentées).
Nous partageons tous une même richesse que les artistes devraient nous aider chaque fois à rassembler dans le creuset de leur pratique.
Hélas, toutes ces petites productions « malicieuses » multipliées ne nous ferons jamais avancer sur ce chemin.
Partout, pourait-on dire même, la malice remplace le mal avec un grand ‘m’.
Avec peut-être beaucoup plus de succès dans sa manière de nous coller dans les sempiternelles ornières, de nous précipiter (avec le désarmant sentiment d’être du bon côté de la révolte) dans un identique néant.
Ne faites plus malignement table rase, laissez-nous nos Tabouret et nos Favre.

Patrick Scemama dit: 24 octobre 2016 à 10 h 07 min

A propos de Claire Tabouret, je voudrais signaler la très belle exposition qui s’est ouverte la semaine dernière dans sa galerie, la galerie Bugada & Cargnel. Parfaitement maîtrisée, faisant alterner les sujets et les formats avec intelligence, invitant le spectateur à une véritable déambulation, elle marque, il me semble, une étape importante dans sa carrière. Et la série de monotypes qu’elle a réalisée en marge des peintures et qui est présentée dans le show-room, est remarquable.

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