de Patrick Scemama

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Petit bilan d’une semaine folle

Petit bilan d’une semaine folle

La semaine qui vient de s’écouler aura été une des plus intenses de l’année en matière d’art contemporain. En raison de la Fiac, bien sûr, qui a fermé ses portes hier. Mais aussi en raison de tous les évènements qui l’accompagnent : foires off, prix et récompenses diverses, expositions en tous genres…

Revenons d’abord à la Fiac qui a confirmé son succès sous la verrière du Grand Palais. D’année en année, on a le sentiment que le grand public et les médias s’intéressent de plus en plus à cette foire dont le prix d’entrée est pourtant – faut-il le rappeler – prohibitif : 35 €. En témoignent les longues files d’attente pour entrer dans le bâtiment et le nombre d’articles et de reportages dans les journaux aussi bien de presse écrite que télévisuelle. Les raisons de cet engouement ne sont pas toujours les meilleures, car on assimile souvent la foire à une sorte de fête foraine où les achats à plusieurs millions d’euros valsent au-dessus de nos têtes. Et souvent à juste titre, car certaines pièces présentées sur les stands visent avant tout l’épate ou la provoc (comme l’arbre en fer du dissident chinois Ai Weiwei, que l’on voit partout et qui était présenté là par sa galerie allemande Neugerriemschneider) et certaines transactions qui y sont liées frisent carrément l’indécence. Mais la Fiac ne se limite heureusement pas à cela. Sous la direction de Jennifer Play, elle a réussi depuis quelques années à faire revenir dans un Paris délaissé par le monde de l’art contemporain quelques-unes des meilleures galeries internationales et à présenter ainsi un panorama aussi complet que possible de la création actuelle. Dans les allées du Grand Palais, on trouve donc les valeurs confirmées de la scène actuelle, mais aussi les artistes émergents regroupés dans les jeunes galeries du premier étage, ou les artistes historiques cantonnés dans le carré consacré à l’art moderne. Cette diversité permet de satisfaire tous les goûts et de mettre en perspective l’évolution de l’art d’aujourd’hui. Enfin, grâce aux manifestions annexes telles que conférences, performances, expositions hors-les-murs aux Tuileries ou au Jardin des Plantes, la Fiac permet à Paris, pendant une semaine, de redevenir la capitale du monde de l’art.

003Ainsi, au rez-de-chaussée du Grand Palais, on a pu voir, entre autres, le stand impeccable de la galerie Kurimanzutto, une galerie mexicaine qui présente le meilleur de la scène sud-américaine, les prestigieux stands de la londonienne Victoria Miro (avec une version de l’immense cheval à bascule du duo scandinave Elmgreen & Dragset), de Sprüth Magers ou de Barbara Gladstone (qui ont toutes les deux réservé une place de choix au jeune artiste français à l’ascension fulgurante : Cyprien Gaillard) ou le stand plus modeste mais non moins pertinent de la galerie Loevenbruck, qui présentait le travail, lui,  impertinent et drôle d’un jeune homme de 88 ans au parcours exceptionnel : Jean Dupuy. A l’étage, on découvrait une galerie tchèque, hunt kastner, qui présentait le passionnant travail d’Eva Kotatkova, une jeune artiste qui interroge les notions de contraintes physiques et mentales et qui faisait aussi une performance au Jardin des Plantes, la galerie Plan B de Cluj et Berlin qui présentait certains des artistes sélectionnés pour l’exposition « Scènes roumaines » (cf. http://larepubliquedelart.com/du-cote-des-carpathes/) ou les galeries dites « prescriptrices » choyées au sein du Salon d’honneur. Enfin à l’extérieur, au jardin des Tuileries, on pouvait s’extasier devant une sculpture colorée et qui enregistre le passage du temps de la nouvelle coqueluche des collectionneurs, le californien Sam Falls, ou, au Muséum national d’Histoire naturelle, face à un superbe cerf naturalisé et au milieu duquel pousse un arbre, comme pour marquer le passage du monde animal au monde végétal, de Julien Salaud (Printemps, nymphe de cerf).

Mais c’est aussi à l’occasion de la Fiac que sont remis les deux principaux prix français d’art contemporain (l’équivalent, disons, du Goncourt et du Médicis) : le Prix Ricard  et le Prix Marcel Duchamp. Le premier, qui est remis à un des artistes ayant participé à l’exposition organisée à la Fondation Ricard (cf. http://larepubliquedelart.com/quand-les-formes-deviennent-attitude/), a été attribué à Lili Reynaud Dewar. C’est une artiste intelligente et brillante, mais d’autres propositions me semblaient supérieures à la sienne et je m’étonne qu’elle participe pour la deuxième fois à ce prix, ce qui n’est pas absolument conforme, me semble-t-il, au règlement. Le second, qui se tient au sein même de la Fiac et qui est décerné par un jury de collectionneurs internationaux, réunissait quatre artistes : la peintre Farah Atassi, l’artiste d’origine marocaine Latifa Echakhch, le duo Claire Fontaine (comme les cahiers) et Raphael Zarka. C’est Latifa Echakhch qui a remporté le Prix. Là-encore, sa proposition au Grand Palais ne me semblait pas la plus convaincante (celle de Raphael Zarka, par exemple, était bien plus forte et lisible), mais elle a été très bien défendue par Rein Wolfs, le rapporteur qui présentait son travail au jury (j’ai assisté à la présentation), qui a donné une lecture à la fois précise et inspirée de son oeuvre. De plus, Latifa Echakhch est déjà représentée par plusieurs grandes galeries internationales et il est probable que le jury connaissait mieux son travail que ceux des autres participants (Claire Fontaine excepté).

002Enfin, il faudrait parler des foires off telles que Cutlog, Slick ou Art Elysées. De toutes, celle qui semble trouver le mieux sa place au fil des années est Young Art Fair (YAF). Il s’agit d’une foire répartie dans quatre espaces du Marais qui permet aux galeries de présenter le travail d’un artiste. On a pu y voir, par exemple, ceux d’artistes dont il a déjà été question dans ces colonnes : Emmanuel Régent, représenté par la galerie Bertrand Baraudou (cf. http://larepubliquedelart.com/lart-de-la-reserve/) ou Marcos Avila Forero, représenté par la galerie Dohyang Lee (cf. http://larepubliquedelart.com/marcos-avila-forero/), ou de nouveaux venus tels que Shine Shivan, un étonnant artiste indien à l’œuvre exubérante et baroque, qui joue sur la notion de « genre » (représenté par Hervé Perdriolle). Mais il faudrait davantage de temps pour écumer toutes ces allées, s’arrêter sur toutes les stands, saisir ce qui constitue l’originalité d’un projet au milieu de ces mille propositions. Et de ce temps, on manque cruellement au cours de cette semaine folle…

Images : la Fiac au Grand Palais ; vue du stand de la galerie Annely Juda Fine Art, avec l’œuvre de Derren Lago, Mickey de Balzac ; vue du stand de la galerie Zeno-X, avec une sculpture de Mark Manders et des peintures de Michael Borremans.

 

 

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