de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Semaine de Fiac (2)

Semaine de Fiac (2)

Pendant la Fiac, et au-delà d’ailleurs, se tient aussi une des premières expositions de Michel Houellebecq en galerie. Houellebecq artiste, ou plutôt photographe, on l’avait découvert en 2016, au Palais de Tokyo, qui lui avait consacré une grande exposition (cf http://larepubliquedelart.com/avec-ou-sans-lautre/). Mais parce qu’elle était trop grande, justement, que l’accrochage n’était pas convaincant, qu’il avait dû recourir à des trucs ou inviter d’autres artistes (Robert Combas, entre autres) pour  « meubler », l’exposition nous avait laissé sur notre faim et n’avait pas vraiment réussi à nous persuader des qualités de plasticien du romancier. Pourtant, l’auteur des Particules élémentaires pratique la photographie depuis fort longtemps, avant même l’écriture, semble-t-il. Comme dans ses romans, il privilégie les paysages désertés, abandonnés, presqu’abstraits, qui semblent saisis après l’apocalypse. La figure humaine y est absente, seuls règnent le végétal, une nature en déshérence, d’où se dégage en général une intense mélancolie. Et sur les tirages, il rajoute une phrase, un vers qui, loin de les illustrer ou de les expliciter, ouvre de nouvelles perspectives, leur donne un sens inédit et tend vers la poésie.
Ces vers sont d’ailleurs la plupart du temps issus de sa propre production poétique. Et c’est ce que montre Quatrains, l’exposition qu’il présente chez Air de Paris. Ici, tout est calme, clair, modeste, à l’opposé de l’atmosphère oppressante et mortifère  qui régnait au Palais de Tokyo. Houellebecq a eu la bonne idée de montrer ses images en faisant reproduire sur le mur, à côté d’elles le quatrain, en alexandrins ou octosyllabes,  dont  la phrase imprimée sur l’image est issue. Et pour compléter le dispositif –et sans doute avec la complicité et l’inventivité de ses galeristes-, il a aussi fait en sorte que, la plupart du temps, on puisse écouter l’intégralité du poème dans la version audio qu’il a réalisée en 2000, sur une musique de Bertrand Burgalat et dans laquelle il chante lui-même ou parle en « talk-over (l’album s’appelle Présence humaine). C’est ainsi un dispositif complet qui est présenté : de l’image, au centre, au poème auquel elle se rattache et à son adaptation musicale. Une sorte d’opéra intimiste en somme. Et comme la musique est un peu le fil conducteur des autres expositions que la galerie propose parallèlement, on peut aussi voir une espèce de patchwork hippie réalisé par Moky Cherry, l’épouse du musicien de jazz Don Cherry, ainsi qu’un film très psychédélique de Jean Painlevé, réalisé en 1978 sur les formes hallucinogènes que peuvent prendre les cristaux liquides et sur une musique assez expérimentale du célèbre compositeur de musique de films, François de Roubaix.

ClarkMais pendant la Fiac, il y a aussi les foires off. Après s’être un peu perdue, l’an passé, près de la République, dans les anciens locaux de Libération, Paris Internationale revient dans un immeuble haussmannien du 8e arrondissement (16, rue Alfred de Vigny). Asia Now, qui soutient la scène artistique, continue sur sa lancée, dans le 8e également, au 9 avenue Hoche. Et YIA persiste et signe au Carreau du Temple (mais avec une sélection de galeries de moins en moins bonne). Et une toute nouvelle apparaît, sous l’impulsion du galeriste Olivier Robert, qui s‘intitule Bienvenue et qui prend place à la Cité internationale des arts. « L’idée de Bienvenue,  explique Olivier Robert, est née cet hiver, alors que je voyais à quel point le marché était difficile et combien certaines galeries souffraient ou devaient même fermer. Ces galeries, pour la plupart de taille moyenne, n’étaient plus en mesure de faire face aux frais importants que représentent les foires ou devaient se limiter à un nombre restreint. Elles étaient vraiment victimes de la violence de ce marché. J’ai donc eu envie de créer un espace de convivialité, -même si d’autres initiatives ont déjà été tentées avant celle-ci-, qui permettent de montrer les artistes dans les conditions qui me semblent les meilleures, avec un accompagnement et surtout avec des prix de stands qui soient raisonnables. Et comme il se trouve qu’à la même époque, j’ai eu un contact, pour des raisons professionnelles, avec des gens de la Cité internationale des arts et que ceux-ci étaient en mesure de proposer un partenariat avantageux, on a décidé de le faire chez eux, dans leurs lieux d’exposition. Mais tout cela s’est mis en place très vite, en quelques mois et plus par des concours de circonstances que de manière très planifiée. »

« Les 26 galeries qui participeront à Bienvenue ne sont pas des refusées de la Fiac. Certes, certaines aimeraient avoir leur place dans la foire principale, mais d’autres, comme Thomas Bernard, y sont déjà et ont tenu néanmoins à être présents parmi nous (concernant Thomas Bernard, en collaboration avec la structure bordelaise, La Mauvaise Réputation). Ce sont aussi des galeries qui ne reconnaissent pas forcément l’esprit « entre-soi », générationnel, de Paris Internationale et qui ne se satisfont plus du niveau artistique de YIA (certaines galeries, comme Caroline Smulders, qui exposait encore l’an passé à YIA, ont préféré cette année venir chez nous). Ce sont essentiellement des galeries françaises, à l’exception de deux ou trois, comme la bruxelloise Aeroplastics ou la milanaise The Flat. Bien sûr parce que tout s’est réalisé très vite et parce que j’ai d’abord contacté les galeries qui m’étaient le plus proche, en termes de géographie. Mais aussi par souci de solidarité, pour quand même un peu rappeler  que cette scène française, au fond assez peu présente dans les autres foires off, existe et qu’elle est loin d’être mauvaise. C’est la raison pour laquelle nous avons tenons à l’appeler Bienvenue : bienvenue aux galeristes qui pourront montrer les œuvres comme ils l’entendent, sans aucune contrainte, et bienvenue au public, qui sera certes dans une foire, mais aussi comme dans une gigantesque galerie, où l’entrée, comme dans toutes les galeries, est gratuite.

Le soir du vernissage, un prix de 4000€ sera remis au meilleur stand, grâce au soutien de notre sponsor, le fonds commun de placement Inocap Gestion. Dans le jury qui décernera ce prix, on trouve, entre autres, les noms de Bénédicte Alliot, la directrice de la Cité des Arts, des collectionneurs Paul-Emmanuel Dubois et Olivier Gay et du critique d’art Judicael Lavrador. Et tout au long de la manifestation auront lieu un certain nombre d’événements, performances ou présentations qui seront mentionnés dans notre newsletter. D’ailleurs Bienvenue ne se limitera pas à la durée de la Fiac, elle continuera jusqu’au 27 octobre, c’est-à-dire presqu’une semaine de plus. Là encore, l’idée est de ne pas se limiter simplement au format de la foire traditionnelle, mais de permettre à un autre public, moins pressé, qui aime la convivialité et l’échange, de venir en toute quiétude pour voir et, s’il en a envie, pour acheter. Et si j’ai décidé, pour cette première édition, de la lancer pendant la Fiac, c’est parce que c’était plus simple, pour profiter de la visibilité qu’a l’art contemporain à Paris, à cette époque. Mais je n’exclus pas, à l’avenir, si d’autres éditions voient le jour (pour le moment, je n’en sais rien, je n’ai rien de prévu sur un long terme), de le faire à une autre période, qui ne lui enlève pas son aspect commercial, mais l’éloigne encore plus de la frénésie du marché. Et comme la foire Galeristes, qui a lieu depuis deux ans, en décembre, au Carreau du Temple, envisage à son tour, à partir de l’année prochaine, de se tenir pendant la Fiac, ça pourra éviter les encombrements malencontreux…»

Quatrains de Michel Houellebecq, jusqu’au 3 novembre à la galerie Air de Paris, 32 rue Louise Weiss 75013 Paris (www.airdeparis.com)

Bienvenue, du 16 au 27 octobre à la Cité internationale des Arts, 18 rue de l’Hôtel de Ville 75004 Paris (www.bienvenue.art). Avec la participation de galeries telles que Jean Brolly, Alain Gutharc, Doyang Lee, Under Construction, Espace à vendre, Isabelle Gounod, Florence Loewy, Anne Barrault, Bernard Jordan, entre autres.

 

Images : vue de l’exposition Michel Houellebecq à la galerie Air de Paris © photo Marc Domage, courtesy de l’artiste et Air de Paris, Paris ; photo d’une œuvre d’Elisabeth S. Clark qui sera présentée à Bienvenue sur le stand de la Galerie Doyang Lee (Choon, 2018-2015, pile de définitions de « choon » imprimées, étagère en bois, 20 x 10 x 7,5 cm, Edition de 5 + 2AP Courtesy de l’artiste et de la Galerie Doyang Lee, Paris)

 

Cette entrée a été publiée dans Expositions, Marché.

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commentaires

9 Réponses pour Semaine de Fiac (2)

C.P. dit: 17 octobre 2018 à 19 h 16 min

Belle et bonne information sur des expositions et des foires parallèles à la FIAC (et au-delà). Merci !
Vous êtes peu disert pour ce qui concerne les nouvelles « images » de Houellebecq à Air de Paris, quels que soient les poèmes et les enregistrements vocaux qui les accompagnent. Nouveau territoire par rapport aux « paysages désertés » ? Ou non ? Je verrai, mais vous m’avez évidemment fait revenir à « La Carte et le Territoire », et au personnage de Jed Martin photographe avant d’être peintre *.
J’irai aussi, grâce à vous, à « Bienvenue », et trouverai la liste complète des galeries présentes. J’en connais sans doute, comme Christiane, un certain nombre.

* Coïncidence : à la RdL, Pinault… et Jeff Koons en particulier. On pense forcément à l’oeuvre de Jed Martin, « Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l’art » !

C.P. dit: 18 octobre 2018 à 13 h 29 min

Patrick Scemama, comment mon commentaire, qui est d’abord de remerciements et de remarques adventices, peut-il être « en attente de modération » ?

Patrick Scemama dit: 18 octobre 2018 à 21 h 59 min

A CP: désolé pour le décalage de modération, mais la Fiac, justement, a un peu détourné mon attention. et merci pour les remarques et remerciements. Si vous souhaitez continuer à commenter mes articles, vos commentaires s’afficheront désormais automatiquement.

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