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La République de l'Art
Emerige récompense les jeunes talents

Emerige récompense les jeunes talents

PDG d’Emerige, un des plus importants groupe immobilier de France, Laurent Dumas est aussi amateur d’art contemporain. Il montre d’ailleurs une partie de son importante collection en ce moment, dans un hôtel particulier du Marais, l’Hôtel Beaubrun, dans une exposition dont le titre, As I run and run, happiness comes closer, sonne comme une profession de foi et qui, sous la houlette de Jérôme Sans, regroupe des œuvres de, entre autres, Dove Allouche, Daniel Buren, Kader Attia, Loris Gréaud, Bertrand Lavier.  Mais il soutient aussi les jeunes artistes, car il estime qu’il est du devoir des institutions privées de le faire et, dans ce but, il vient de créer une bourse, la bourse Révélations Emerige, qui est réservée aux jeunes talents (moins de 35 ans) qui sortent d’écoles d’art et qui ne sont pas encore représentés par une galerie. Cette bourse, justement, doit leur fournir un atelier pendant quelque temps et leur permettre d’avoir une exposition personnelle, l’année suivante, dans une galerie parisienne. Car l’idée est d’associer chaque année une galerie différente et de la faire participer au processus de sélection, qui se révèle assez drastique. A l’issue de la réception des dossiers (plus de mille pour cette première édition !), un comité de sélection est constitué (dans lequel siège Laurent Dumas lui-même), qui examine les candidatures, en retient une douzaine et invite les heureux élus à participer à une exposition qui se tient dans un lieu prestigieux appartenant au groupe, la Villa Emerige, leur donnant même la possibilité de produire des œuvres spécialement pour l’évènement. Le soir du vernissage, enfin, un jury, qui n’est pas exactement le même que celui du comité de sélection, désigne celui ou celle qui bénéficiera de la récompense.

emerige. vue de l_exposition voyageurs.25.11.14. - © Adrien Daste 1Pour cette première édition, la galerie associée à la manifestation est la galerie In Situ Fabienne Leclerc et le commissaire de l’exposition, qui fait aussi partie du comité de sélection, mais bien évidemment pas du jury, est Gaël Charbau, qui travaille, entre autres, avec Stéphane Corréard à la sélection du très bon Salon de Montrouge. Avec les douze présélectionnés, il a conçu une exposition qu’il a intitulée « Voyageurs », en prenant pour base l’idée que l’artiste contemporain se déplace tout le temps, dans l’espace, mais aussi dans les cultures et en s’appuyant sur cette belle définition de Nicolas Bourriaud, le directeur des Beaux-Arts de Paris, qui siège aussi dans le jury : « l’artiste, c’est celui qui navigue à travers les signes, qui relie un signe à un autre. L’essentiel de ce qu’il produit, c’est ce parcours lui-même. » C’est bien sûr plus un prétexte qu’un véritable fil conducteur, mais qui dit bien la variété à la fois des styles et des techniques mais aussi des préoccupations et des manières d’envisager le monde de l’art d’aujourd’hui. »

Et cette variété, on la retrouve dans la sélection de très grande qualité qui a été faite ici. La peinture, le genre le plus « traditionnel », est représentée par deux artistes aux styles radicalement différents : Jennifer Grassi, qui peint sur un mode romantique, mais à partir d’images décadrées et trouvées sur internet, des paysages maritimes inquiétants et tourmentés (on pense bien sûr à Turner) et Henni Alftan qui, elle, aborde des sujets beaucoup plus quotidiens, mais en accentuant leurs formes et en en faisant ressortir l’inquiétante étrangeté. La sculpture, l’autre genre dit « classique », est défendue par Boris Chouvellon qui présente, sur des tables de marbre, les maquettes de formes ou de monuments en ruine trouvés dans des zones abandonnées et qu’il réalise d’habitude à une plus grande échelle, ou par Cécile Chaput qui utilise le matériau qui rappelle le plus les années 5O, le Formica, pour reconstruire d’improbables cuisines d’où toute logique semble absente et qui, en dynamitant l’espace, remettent en cause la place et le statut de la femme qui est censée y officier. Le dessin, lui, a les faveurs de Martin Ferniot qui a beaucoup regardé le travail d’Emmanuel Régent, la vidéo celles d’Armand Morin qui lui adjoint des sculptures et des performances, le travail in situ celles de Keita Mori, un stupéfiant japonais qui dessine des paysages imaginaires (comme des dessins d’architectes) uniquement avec des fils noirs, l’installation celles de Joo-Hee Yang, une coréenne qui vit entre Paris et son pays natal et dont le travail reflète le choc de ces cultures (une pièce constitué de néons brisés qui sont utilisés comme des cierges renvoie aussi à la simplicité et au recueillement du zen).

ROUBAUD - feu d_artifice - emerige - exposition voyageurs- 25.11.14- © Adrien Daste 8Le jury a attribué la bourse à Vivien Roubaud, qui se définit lui-même comme un « bricoleur généraliste » et qui fixe des explosions de feux d’artifices dans de grands tubes en plexiglas. C’est un bon choix, car le travail de cet artiste, qu’on a pu voir récemment dans les modules du Palais de Tokyo, est original, novateur, et révélateur de l’intérêt des artistes d’aujourd’hui pour la science ou les phénomènes qui dépassent largement le strict champ artistique. Mais il aurait pu tout aussi bien récompenser Lyes Hammdouche, qui s’intéresse lui aussi à la technique, mais pour produire des œuvres poétiques basées sur le temps, comme ces cercles remplis de sable qui tournent à des vitesses différentes et produisent du même coup des configurations aléatoires et abstraites ou ces mécanismes d’horlogerie mis les uns à côté ces autres et qui finissent par se décaler,  produisant une temporalité éclatée, voire complètement agressive. Ou Benoît Pype, dont on a aussi pu voir le travail au Palais de Tokyo et qui découpe, avec une patience et une précision folles, le plan d’une ville à l’intérieur d’une feuille d’arbre. Enfin, Wilson Trouvé se déplace avec aisance à travers ces différentes disciplines, allant d’une sorte de peinture murale composée de carreaux de céramique noirs qui reflètent l’espace à une installation in situ constituée de fils tendus sur lesquels de la résine a été disposée, qui coule sans qu’on en maîtrise complètement la trajectoire : il prouve, s’il en était encore besoin, que toutes les catégorisations précitées n’ont plus grand sens aujourd’hui et que l’artiste peut passer librement d’un genre à un autre, comme le fait d’ailleurs cette exposition qui mélange allègrement, dans les salles amples et lumineuses de la Villa Emerige, les styles, les références et les thèmes abordés, pour instaurer un dialogue multiple et fécond.

Voyageurs, jusqu’au 20 décembre à la Villa Emerige, 7 rue Robert Turquan 75016 Paris (www.revelations-emerige.com). L’exposition des œuvres de la collection de Laurent Dumas se tient jusqu’au 20 décembre aussi, à l’Hôtel Beaubrun, 19 rue Michel Le Comte, 75003 Paris.

Images : Vues de l’exposition Voyageurs à la Villa Emerige, 2014, avec à gauche, dans la 1ere image, une peinture de Jennifer Grassi, au centre une sculpture de Lyes Hammadouche et, à droite, un dessin de Martin Ferniot et, dans la seconde, à gauche, une installation de Wilson Trouvé et, au fond, l’œuvre de Cécile Chaput © Adrien Daste ; Vivien Roubaud, Feu d’artifice, gel de pétrole dégazé, combustion incomplète, PMMA, 2014, Dimensions variables, Feu d’artifice, gel de pétrole dégazé, combustion incomplète, PMMA

Vue de l’exposition Voyageurs à la Villa Emerige, 2014 © Adrien Daste

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commentaires

3 Réponses pour Emerige récompense les jeunes talents

jean Marie S. dit: 5 décembre 2014 à 21 h 59 min

Bon, excellente initiative mais pourquoi l’ ultra sélection de douze candidats sur trois milles, pourquoi pas vingt-quatre ou cinquante sinon pour déjà aiguiller, former un marché. Car on ne sait pas encore ce qu’ ils vont donner ces jeunes poulains!
Bref, cela rappelle ces grands salons de Paris ou de banlieue ou un jury sélectionnait de la même manière avec le plus d’ une exposition d’ un invité d’ honneur.- J’ en ai vu dans ces salons des peintres anonymes devenus aujourd’hui célèbres…
Peut-être une solution de ce genre, plus populaire, c’ est à-dire moins excluant des non affidés du monde de l’ art ( dont Sans et Bourriaud sont les prototypes presque caricaturaux ).
Cela pourrait être aussi une solution de remplacement à la fermeture des centres d’ art contemporains qui représentent souvent les mêmes artistes cooptés par les mêmes « décideurs curateurs » et qui souvent exhibent les surstocks d’ achats de certains FRAC auxquels une directive récente à demandé de « montrer » ce qu’ il avaient en réserve.

Le principe de l’ initiative privée est original avec la rotation dans plusieurs galeries, mais ne faut-il pas prendre garde à « ces futurs produits montés en flèche » comme certains groupes musicaux épaulés et lancés très professionnellement et qui ne tinrent pas la route?
Que sont devenu les L5 par exemple?
Bien à vous.

Patrick Scemama dit: 8 décembre 2014 à 10 h 13 min

Si, bien sûr, il faut se méfier des emballements du marché et des artistes que l’on promeut, soudain, comme des produits, mais là, en l’occurrence, ce n’est nullement le cas, puisqu’il s’agit de jeunes et talentueux artistes à qui on essaie seulement de donner un peu de visibilité.
Bien à vous aussi.

Giovanni Sant'Angelo dit: 10 décembre 2014 à 1 h 19 min


…comment se ruiner,!…s’imposer l’art-brute,!…
…ceci n’est pas une pipe,!…
…mais, du fric s’en fumée,!…Ah,!Ah,!Ah,!…
…etc,!…

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