de Patrick Scemama

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La République de l'Art
Best of 2016 ou l’inévitable sélection

Best of 2016 ou l’inévitable sélection

Comme il est en perpétuel renouvellement et qu’il se nourrit sans cesse de chair fraîche, le monde de l’art aime les listes et les classements. Cela permet de se rassurer et aux nouveaux venus –ou même à ceux qui le sont moins- de se frayer un chemin dans cette jungle aux ramifications multiples. Régulièrement, des sites comme « Artsy », « Artprice » ou même le réputé magazine « Artforum » publient les listes des 10 stands à voir sur telle foire, des 100 personnes les plus influentes, des 10 artistes à suivre, etc., etc. Et, en cette période de l’année, où l’actualité est en peu en sommeil et où l’heure est à la commémoration, chacun y va de ses « meilleures expositions de l’année », des « événements à retenir », du « bilan 2016 ».

En ce qui me concerne, j’avais envisagé de vous éviter ce genre d’exercice un peu facile. Mais en y réfléchissant, je me suis dit que faire le point sur le meilleur de l’année écoulée n’était peut-être pas aussi vain que cela, que cela obligeait à prendre position et que cela permettait d’évaluer comment ce qu’on avait aimé –ou détesté- dans les derniers douze mois avait évolué. Je me suis donc décidé à vous livrer mes 10 expositions préférées de 2016 (en espérant ne pas en avoir oublié une), mais sans classement, comme elles me venaient à l’esprit :

Tino Sehgal au Palais de Tokyo. Comme nombre de mes confrères, je considère cette exposition comme une des propositions les plus importantes de l’année. Parce qu’elle renouvelle le genre, parce que tout se joue dans la rencontre entre le spectateur et l’acteur-performeur, parce qu’elle oblige à laisser les schémas préconçus au vestiaire. Tino Sehgal est sans doute l’artiste le plus novateur de ces dernières années et cette exposition en aura donné la preuve (http://larepubliquedelart.com/tino-sehgal-favorise-la-rencontre-au-palais/).

Cy Twombly au Centre Pompidou. C’est la première rétrospective depuis la mort de l’artiste et elle permet de voir des œuvres qui n’avaient jamais été montrées en France jusqu’alors. Le travail de Twombly est d’un infini raffinement, il est pétri de culture classique et de référence à l’histoire de l’art, mais il est aussi d’une incroyable sensualité, pour ne pas dire sexualité. Et si elle laisse la part belle à la peinture, l’exposition montre aussi les sculptures et les photographies, activités moins connues de l’artiste (http://larepubliquedelart.com/twombly-les-mythes-et-la-chair/).

Rondinone 1Ugo Rondinone, Becoming Soil, au Carré d’art de Nîmes. Ugo Rondinone est intervenu à deux reprises comme « curateur » au Palais de Tokyo (pour l’exposition The Third Mind et pour l’exposition John Giorno), mais on avait peu eu l’occasion de voir son propre travail en institution. Cette exposition n’a pas convaincu tout le monde. Personnellement, je l’ai trouvée d’une grande pureté. En noir et blanc, rendant hommage aux éléments et aux cycles de la nature, elle m’a semblé d’une poésie et d’un romantisme qui caractérisent bien le travail de cet artiste hors-norme (http://larepubliquedelart.com/ugo-rondinone-au-coeur-des-elements/).

Liz Magor, The Blue One Comes in Black, au Crédac d’Ivry. Découverte récemment en France grâce à sa galerie Marcelle Alix, Liz Magor, qui a déjà une carrière bien remplie dans son pays d’origine, le Canada, commence sérieusement à faire parler d’elle. Car les objets qu’elle chine inlassablement et qu’elle assemble à des structures artificielles réalisées à l’atelier, « comme pour leur donner une seconde vie », ne nous racontent pas d’histoire, mais nous invitent à en imaginer de nombreuses. L’exposition au Crédac était à l’image de cette démarche : calme, limpide, sereine (http://larepubliquedelart.com/du-cote-des-galeries/).

L’Esprit du Bauhaus aux Arts Décoratifs. Une des expositions les plus excitantes et les plus riches de la rentrée sur un mouvement qui se prolonge jusque dans la création contemporaine. Elle a créé une petite polémique, parce que, dans les réalisations dues aux élèves du Bauhaus, on a inclus les camps de concentration nazis (la présentation faisait sans doute preuve de maladresse), mais sa force et son intelligence était de montrer que, justement, tout n’était pas rose au Bauhaus et que les tendances les plus diverses s’y affrontaient (http://larepubliquedelart.com/le-bauhaus-est-toujours-vivant/)

Der Wanderer 2webElina Brotherus, La Lumière venue du Nord, au Pavillon Populaire de Montpellier. Première grande rétrospective aussi en institution française, cette généreuse exposition dans un lieu ouvert gratuitement au public a permis de suivre toute l’évolution de cette magnifique photographe, qui se joue des modes et des tendances pour rester fidèle à ses convictions. Alternant les formats (plus petits pour la bouleversante série Annonciation, plus grands pour les New Paintings), montrant les vidéos, elle a donné l’image la plus complète à ce jour d’un travail dont on ne se lasse pas (http://larepubliquedelart.com/ugo-rondinone-au-coeur-des-elements/).

Jean-Luc Verna, –Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ? –Non, Rétrospective, au Mac/Val de Vitry. Première (encore !) exposition en institution pour cet artiste singulier, qui occupe une place tout à fait à part dans le paysage artistique français. Elle séduit par son côté global, par sa manière d’intégrer le spectateur dans un monde où dessins, sculptures, performances, photos s’épaulent les uns les autres pour mieux pénétrer la psyché baroque et gothique de l’artiste. Une expo comme un show, une performance glamour, où l’humour n’est jamais absent et la tendresse jamais loin (http://larepubliquedelart.com/jean-luc-verna-global-et-envoutant/).

Stéphane Thidet, Solitaire, au Collège des Bernardins. Une installation toute simple, faite de deux troncs d’arbres morts qui tournaient en faisant des dessins dans l’eau, mais devant laquelle on aurait pu rester des heures, complètement hypnotisé. Depuis, Stéphane Thidet a investi avec non moins de grâce l’Abbaye de Maubuisson, dans les environs de Paris, mais c’est surtout cette œuvre, magique, silencieuse, qui reste en mémoire (http://larepubliquedelart.com/lart-dans-les-abbayes/).

Apollinaire, Le Regard du poète, au Musée de l’Orangerie. Une très belle exposition en hommage au poète qui fut le chantre du cubisme. Une riche sélection d’œuvres (de Chagall à Derain en passant bien sûr par Picasso), mais surtout l’occasion de voir comment la peinture et la littérature ont pu marcher ensemble, comment les arts ont su établir un magnifique dialogue, avant de se séparer un peu (http://larepubliquedelart.com/le-poete-et-le-peintre/).

_DES_MONSTIERS_JDM091_300Julien des Monstiers à la galerie Christophe Gaillard/Eva Barto chez gb agency. Rien de plus opposées que les travaux de Julien des Monstiers que l’on a découvert cette année à la galerie Christophe Gaillard  et d’Eva Barto qui a eu sa première exposition chez gb agency. Le premier fait partie, avec, entre autres, Mathieu Cherkit, Thomas Lévy-Lasne ou Claire Tabouret, des peintres français qui pratiquent une peinture « décomplexée », où les notions de matière, de texture, d’inscription dans l’histoire de l’art ne sont plus taboues. La seconde produit une œuvre radicale, qui montre très peu de choses, mais joue avec ironie et violence des règles de l’économie de marché. Mais les deux font preuve d’une énergie exceptionnelle, qui les distingue et devrait leur assurer une place de choix dans le paysage artistique des années à venir.

Voilà, l’exercice est terminé. A vous d’approuver ou de critiquer, maintenant, cette sélection et, si le cœur vous en dit, de faire votre propre liste.

 

Images : vue de l’exposition The Blue One Comes in Black de Liz Magor au Crédac ; Ugo Rondinone, Primitive, 2011-2012, bronze, installation de 59 oiseaux. Collection Maja Hoffmann/Fondation LUMA & Thank you Silence, 2005, bois, papier, grille en métal, moteur, 30 x 200 x 40 cm. Courtesy de l’artiste ; Elina Brotherus, Der Wanderer 2, 2004, 105 x 128 cm ; Julien des Monstiers, Tapis, 2015 Huile sur toile 240 x 180 cm Pièce unique Signé et daté Rebecca Fanuele

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